SUJET DU DEBAT : « HISTOIRE DU MANIEMA»
Nous voici
enfin avec le tout premier sujet du débat:
«l’Histoire du Maniema»!
Notre
Frère K. Lukongo a écrit dans son message du 22
Août 2002: «…malheureusement, jusqu’à présent
personne ne s’est portée
candidate. Des personnes que j’ai contactées soit par
téléphone, soit par leurs
e-mails ne sont pas disposées. Pourrai-je alors demander au
frère MAFUTALA qui
aurait déjà une idée sur la structuration de ce
qu’il pourrait nous présenter de
nous plonger dans le bain?…»
Pour ne pas
laisser durer cette lethargie, j’ai après
quelques jours de réflexions accepté cette demande par
soucis de rendre notre
web-page opérationnelle en lançant le 1er débat
sur la construction du Maniema.
Comme tout
citoyen congolais, j’éprouve aussi un
attrait irresistible d’écrire et de dénoncer sous le feu
des événements la
situation que traverse notre pays aujourd’hui. Mais, malgré cet
attrait très
fort, je me suis fait violence et j’ai pris du recul par rapport aux
événements
actuels afin de réflechir sur l’Histoire du Maniema.
“La plus grande
disgrâce qui puisse
arriver à un écrit de réflexion qu’on met au jour
pour un débat, ce n’est pas
que beaucoup de gens en disent du mal, mais c’est que personne n’en
dise rien,
n’échange rien, ne contribue point au débat”. S’il
en sera ainsi ce
forum de réflexion n’a pas son sens d’exister.
Avant
tout, permettez-moi de vous dire que je ne suis ni Historien, ni
Géographe.
D’aucuns peuvent être choqués de retrouver un non
historien comme modérateur.
Pour ceux là, je leur dis tout simplement qu’ils ne s’affolent
pas outre
mesure, je ne fais que de façon provisoire pousser les
frères et soeurs à
plonger dans le vif du débat en attendant qu’un expert en
Histoire ou en
Géographie prenne la modération avec d’autres
thèmes encore plus intéressants.
C’est cela notre objectif, notre plaisir intellectuel.
Pour mieux
cerner l’espace historique de notre
réflexion, il nous est impérieux de définir le
thème d’échange, et au fur et à
mesure de nos débats, nous pourrons ouvrir d’autres
brêches.
Beaucoup
d’observateurs, d’analystes, d’hommes
politiques, d’opérateurs économiques et d’intellectuels
du Maniema n’ont cessé
de se poser des questions et épiloguer sur le chaos de leur
province.
«Comment
cela a-t-il été possible?». L’africanisme a
enseigné à l’Africain de douter constamment de
lui-même, de son histoire, de
son présent, de son avenir».
C‘est à
ce questionnement que notre forum est appelé
de réflechir sous 4 approches qui sont:
-
les
resposabilités de l’Homme du Maniema sur l’échec;
-
la
capacité créatrice de l’Homme du Maniema;
-
les
opportunités en resources naturelles et l’apport
d’autres provinces;
-
les
menaces par d’autres qui viennent puiser en nous dans
nos forces, notre travail, nos ressources, de quoi accroître leur
propre
développement ou leur propre puissance;
Il serait
utopique et irresponsible de croire que
tous les malheurs du Maniema n’ont que des causes extérieures.
Les faits le prouvent.
Réflechissons-y! Le chaos du Maniema est le résultat d’un
long processus de
pourissement.
Le Maniema
souffre tout d’abord de ses propres maux
internes dont les conséquences lui reviennent après, dans
un effet de
boomerang. Beaucoup de nos frères, aujourd’hui, semblent avoir
déjà oubliées
les causes lointaines et ne s’interressent qu’à
considérer seulement les causes
immédiates qui alimentent les rebellions qui embrasent
aujourd’hui notre
province.
N’ayons pas
honte de nous arrêter et de faire marche
arrière. Notre tout premier thème va couvrir le
caractère et les mœurs de
l’Homme du Maniema. Ainsi, nous proposons de réflechir
sur:« l’histoire
coloniale de la main-d’œuvre indigène face au caractère
et aux mœurs des
populations locales du Maniema».
QUESTIONNEMENT
Nous nous
poserons les questions ci-après, et c’est à
nous tous d’apporter des idées constructives pour qu’à la
fin du débat nous
puissions présenter le profil robot de l’homme bâtisseur
du Maniema:
APERCU GENERAL
DU MANIEMA
La province du
Maniema est comprise entre 0’ et 5’ de
latitude Sud et entre 24°55’ et 28°8’ de la longitude Est.
Située
presqu’au centre de la RDC, la province du
Maniema couvre une superficie de 132.250 km² abritant environ
1.487.871
habitants.
Sur le plan
administrative, la province est composée
de 7 territoires et de 3 communes urbaines. Le Maniema, jeune province
issue de
l’eclatement en trois de la grande province du Kivu en 1988, a
dès le début
connu des événements qui ont inexorablement conduit cette
province dans une
situation préoccupante.
Oublié
depuis l’accession de notre pays à l’indépendance,
le Maniema souffre d’un manque criant des infrastructures pour
permettre le
développement de la province.
En 1991,
lorsque la plupart des services de
coopération internationale ont quitté le pays, le Maniema
ne disposait pas
encore de structures administratives suffisamment fortes pour
supplanter ces
crises.
La
première guerre de 1996 a eu un impact modéré
comparativement à la seconde guerre en cours depuis 1998 qui a
achevé
définitivement la degradation générale de la
province. Le front de cette guerre
a créé un climat d’insécurité permanente et
des déplacements massifs de la
population vers les forêts.
Des
destructions et pillages de toutes les
infrastructures construites à l’époque coloniale,
déjà dans un état très avancé
de délabrement (écoles, hôpitaux, réseau de
distribution d’eau et
d’électricité, chemin de fer, bateaux du réseau
fluvial…) ont mené le Maniema à
l’enclavement total et au chaos sur le plan socio-économique.
Le Maniema
compte 8 zones de santé, avec 8 hôpitaux,
et 132 centres de santé. La plupart de ces structures sont dans
un état de
vétusté. Elles connaissent aussi des problèmes
lies au manque d’eau potable.
Le Maniema est
une région particulièrement agricole.
Les rebellions successives de 1964, 1996 et 1998, le délabrement
total des
moyens de communication et le pouvoir d’achat réduit à
l’extrême empêchent le
renouvellement d’intrants agricoles essentiels tels que les outils et
les
semences.
INTRODUCTION
Relire
l’histoire de la main-d’œuvre indigène au
Congo Belge n’est pas facile, car plusieurs documents de l’histoire
coloniale
de notre pays sont dans les mains des colonisateurs qui sont à
la fois juges et
parties.
Pourtant, la
main d’œuvre indigène est restée la
principale préoccupation des colonisateurs. Elle a, en effet
occupé une place
de choix dans presque tous les rapports sur l’administration du Congo
Belge.
La
nécessité d’une main-d’œuvre n’est pas à
démontrer. Elle constitue la base du progrès
économique de toute entreprise. Il
ne suffisait donc pas pour les entreprises coloniales de
posséder de grandes
concessions de terre mais encore fallait-il les mettre en valeur. Pour
cela,
ces entreprises coloniales avaient besoin des bras et de beaucoup de
bras.
Malheureusement,
il n’existe presque pas de livres
qui exaltent les mérites de la main-d’œuvre indigène
congolaise dans
l’édification de notre pays. Tous les livres d’histoire du Congo
Belge rendent
hommage uniquement aux bâtisseurs de l’empire colonial. Les
statues du Roi
LEOPOLD II ainsi que celles de l’explorateur STANLEY (et autres) en
sont des
exemples éloquents.
Cette attitude
est certes la preuve du mépris qu’a
affiché le colonisateur à l’égard des autochtones.
Le colonisateur récusait
toute capacité créatrice au colonisé.
CHEICK ANTA
DIOP (1965) l’explique dans “Nations
Nègres et Cultures”: « Le conquérant
... déniait aux rebelles toute
capacité de création, c’est-à-dire ce qui fait la
valeur suprême de l’homme et
ne leur connaissait que les valeurs inférieures
d’imitation ».
1. LA
MAIN-D’ŒUVRE INDIGENE AU
MANIEMA
"Dans cette
colonie, nous
nous trouvons devant une population de densité très
faible avec une natalité
insuffisante. La solution, quant à lui, consiste à
recruter dans des régions où
il y a surabondance d’homme en l’occurrence au seul
Ruanda-Urundi " (LEONARD,
1934).
Pourquoi cette
déclaration paraît-elle valable pour
le Maniema? En effet, cette contrée accusait de faibles
densités de population,
si bien que le colonisateur a dû recruter les travailleurs non
seulement au
Ruanda-Urundi, mais aussi dans certaines régions du Congo.
En effet, au
Maniema, toute la période sur laquelle
s’étend notre étude, le mouvement général
de la morbidité et de la mortalité de
la population était très élevé et cela
même dans les rayons d’action des
médecins et agents sanitaires (notamment Kalima et Kasongo).
Ici, on mourait
soit de la maladie du sommeil, soit encore des effets toxiques du
travail de
coton. Les rapports annuels du Congo Belge de 1917, 1918, 1919, 1921
... qui
livrent l’information consignent de maigres statistiques des
recrutés
autochtones, cela à cause des faibles densités dans le
district du Maniema.
Ci-dessous les chiffres des rapports précités (ANONYME,
1921)
Tableau 2:
Statistiques des
recrutés noirs au District du Maniema (Anonyme,1921)
|
Employés |
Domestiques |
Ouvriers |
Agriculteurs |
Etat |
Total |
|
361 |
251 |
1.182 |
138 |
333 |
2.265 |
2. RECRUTEMENT
DE LA MAIN-D’ŒUVRE
INDIGENE
(A)
Essai
de definitions
“Le recrutement
de la main-d’œuvre indigène est
l’ensemble de moyens mis en œuvre pour contraindre tout homme adulte
supposé
valide à un travail permanent”. Cette définition convient
aussi bien au mode de
recrutement forcé de l’Etat Indépendant du Congo (E.I.C.)
qu’à celui opéré par
les agents coloniaux au Congo Belge.
Selon LUX,
cité par CHABANGUA (1979), " le recrutement de la main-d’œuvre
indigène est
l’opération par laquelle en l‘absence d’une offre locale ou
d’immigration
spontanée suffisante, la demande se répand par
intermédiaires jusque sur des
lieux où se trouve l’offre virtuelle ou potentielle de travail
et la transforme
en offre actuelle sur les marchés parcellaires. "
Mais
pour mener à bien cette opération, ajoute l’auteur,
certaines formalités
devaient être remplies.
D’après
le mode de recrutement des firmes
internationales, le recrutement de main-d’œuvre indigène peut
être défini comme
l’ensemble des moyens mis en œuvre pour amener les autochtones de
gré ou de
force à quitter leurs résidences en vue d’obtenir un
emploi et sans conclure
simultanément un contrat de travail quelle que soit la distance
qui sépare la
résidence de l’engagé du lieu de travail.
(B)
Causes
de recrutement
La Compagnie de
chemin de fer des Grands Lacs (CFL),
la société forestière (SOFOLAC), la
société cotonnière (COTONCO), la Symétain,
etc… ont recruté entre autres pour les raisons ci-après:
·
l’exigence
du facteur humain comme condition sine qua non pour le
fonctionnement et
la rentabilité de toute entreprise de production.
3.
ÉVOLUTION HISTORIQUE DU SYSTÈME
Bien que la
nécessité d’une main-d’œuvre indigène ait
été constante pendant les 80 ans de la colonisation de
notre pays, les
modalités de recrutement ont cependant varié au cours des
années.
En effet, avant
1910, la mise au travail était
caractérisée par l’arbitraire, la brutalité
souvent sanglante et à courte vue.
Elle était similaire à la rafle du caoutchouc et de
l’ivoire.
La
période allant de 1910 à 1945 est marquée par une
prolifération massive, quasi sans frein. C’est par centaines,
voire par
milliers, que les noirs étaient entraînés dans le
mécanisme de la production
capitaliste (RYCKMANS, P., 1948).
Mais chaque
société privée devait préalablement
obtenir l’autorisation de l’État, moyennant une somme d’argent
variant selon
les régions (SMITH, R.E. 1982).
Les
décrets du 15 juin 1921 et 21 janvier 1922
réglementaient les conditions de transport, de ravitaillement et
de l’hygiène
des travailleurs.
En 1925, selon
JOYE et LEWIN, 1961, la commission
gouvernementale de la main-d’œuvre indigène avait adopté
quelques principes en
matière de recrutement. Elle avait recommandé qu’on
n’éloigne pas de leur
village plus de 10 % des hommes adultes valides et que la moitié
d’entre eux au
moins ne soit pas éloignée à plus de deux jours de
marche de leur habitat. En
outre, cette commission estimait qu’environ 15 % d’hommes valides
pourraient
être occupés par le service d’entreprises
européennes à condition de pouvoir
poursuivre leurs activités au sein de la communauté
indigène.
A partir de
1925, ce taux (de 25 %) fut considéré
comme réglementaire vu que la commission de la main-d’œuvre de
1928 n’avait
modifié aucun des vœux émis par celle de 1925. Mais une
redoutable précision
fut apportée en 1928 au sujet de la distance de deux jours de
marche. La
commission l’évalua à 100 km environ, en ajoutant que
l’administration
apprécierait dans chaque cas considéré comme cas
d’espèce si la limite peut
être portée au-delà on doit rester en deça
(LÉONARD, 1934). Ce prescrit pouvait
concerner le secteur Symétain de Kalima qui importait au loin.
Deux ans
après, quand une autre commission
gouvernementale de la main-d’œuvre se réunit, un nouveau
critère fut introduit
: celui de l’équilibre nécessaire entre le nombre
d’hommes adultes valides mais
en pourcentage du nombre total d’hommes adultes, vieillards et
invalides
compris. Mais la grande crise de 1929-1933 allait se charger de
bousculer
dramatiquement les données du problème (JOYE, P.s.d. :
143-145).
Le besoin en
hommes devenait sans cesse croissant
parce que le travail était manuel et la production en
dépendait. De 1939 à
1945, la production de la cassitérite à la
Symétain était passée de 2.500 à
6.163 tonnes tandis que sa main-d’œuvre indigène de 5.305
à 14.480 (SIKUMBILI ,
1994: 56-59).
Quant aux
méthodes de recrutement, la Symétain
recourait pour ses recrutements entre 1910 et 1945, à la
propagande mensongère,
à la pression et à la brutalité aussi bien
à l’égard des parents des recrutés
qu’à celui des notables.
4. DES AGENTS
RECRUTEURS
L’on a
appelé recruteur toute personne, " indigène "
ou non qui pousse des indigènes à quitter leurs
résidences en vue d’obtenir un
engagement (HEYSE, T., 1924 ). Ces agents se recrutaient non seulement
parmi
les agents de l’État (commandants d’expédition, chefs de
postes d’État, des
chefs médaillés ou capitas) mais aussi parmi les
missionnaires et les
employeurs. En effet, pour occuper totalement le pays, des postes
d’État et des
détachements de la Force Publique étaient parsemés
un peu partout et des
capitas placés dans les villages.
5.
LES RECRUES
Par recrues,
nous entendons, les hommes, les femmes
et les enfants recrutés pour travailler dans les entreprises ou
les industries
coloniales. Les hommes adultes constituaient la principale cible des
colonisateurs. Ils étaient recrutés, soit pour être
enrôlés dans la Force
Publique, soit pour travailler dans.
6. LES CENTRES
DE RECRUTEMENT
Au Maniema, les
entreprises européennes comptait six
sites de recrutement dont :
(SIKUMBILI, B.,
1994 : 54).
Ce survol nous
amène à constater que pour d’autres
pôles de développement de certaines provinces, les
entreprises coloniales n’ont
recruté que les autoctones, au Maniema par contre, les
entreprises sont allées
jusqu’à recruter partout ailleurs.
7. CONDITIONS
DE VIE DES RECRUTES
Les
recrutés menaient une vie difficile allant
jusqu’au sacrifice suprême. Ces difficultés étaient
essentiellement liées à la
nourriture, au logement, au surcroît et au système de
travail salarié auxquels
ils n’étaient pas habitués.
L’absence des
syndicats, la complicité du
gouvernement colonial ainsi que l’indifférence des puissances de
l’époque à
l’endroit des travailleurs noirs ont encouragé les entreprise
à payer ces
salaires de misère. Cette insuffisance des salaires a
été à la base des
désertions observées dans beaucoup de chantiers.
Pourtant ce
sont des sociétés coloniales qui ont fait
des profits. Et, comme se demandait un historien contemporain : " pour
savoir à qui profitait l’économie coloniale, il suffit de
connaître celui qui
la contrôlait et ainsi en déduire sans
difficulté ". Ce sont des
sociétés étrangères qui, avec le
gouvernement faisaient des profits. Les
congolais en étaient presque convaincus. Les maigres salaires
touchés leur
servaient surtout à payer l’impôt au gouvernement
coloniale (NICOLAI, H.,
1963). Un cercle vicieux qui ne profitait qu’à l’Etat colonial.
Ceci explique
ainsi le rejet par les autochtones de la culture de payer les taxes
à
l’Etat.
8.
CONSÉQUENCE DU RECRUTEMENT DE
LA MAIN-D’OEUVRE
Bien
qu’important, le recrutement de la main-d’œuvre
a eu plusieurs conséquences néfastes tant sur le plan
démographique
qu’économique.
D'abord, les populations autochtones se trouvèrent en face des nouvelles méthodes de travail importées par le colonisateur. D’emblée personne ne voulait offrir ses services pour gagner de l’argent de cette façon là. En effet, les autochtones ne voulaient pas s’engager dans des activités européennes. Par exemple, les villageois préféraient aller à leurs champs plutôt que d’aller travailler. C’est ici où s’explique le recrutement forcé, aux coups de fouets, pratiqué par les colonisateurs. Comme la région ne s’était pas encore remise de la saignée de l’esclavage sous la conquête arabisée, le Maniema privé de ses éléments forts n’était pas prêt à laisser encore partir ses fils. D'où le blocage au niveau des populations locales d'intérioriser les valeurs de travailler pour les autres, c-à-d les Muzungu, et ce phenomène ira au fil d'histoire en se repercutant sur d'autres circonstances de travail communautaire de la construction de la province. A partir de l'esclavage par les negriers et du recrutement forcé par les colonisateurs, une "protestation passive" de refus d'être au service des autres naquit dans la conscience collective du Maniema. Plutard le refus d'être au service des autres se traduit au refus de travailler pour les autres c-à-d de faire le metier qui expose à être au service des autres, donc de la communauté. Et c'est la province qui en général empatit le plus.
Ensuite, les
recrutés étaient exploités jusqu’à leur
épuisement. Et quand un travailleur manifestait des signes de
fatigue et qu’il
n’était plus utile à l’entreprise, on le retournait au
village. Par les
nouvelles qu’il leur rapportait, ce rescapé effrayait les
villageois au point
que ceux-ci refusaient de se faire recruter. Alors, l’administration
coloniale
procédait au recrutement forcé. Un autre élement
qui renforca la
protestation passive par la fuite dans la forêt pour ne pas
être
recruter.
Du point de vue
démographique, le système, par
l’impôt, les cultures obligatoires, les heures tardives à
mettre dans
l’entreprise, a exposé les autochtones à toutes sortes
des maladies et à divers
dangers de la vie : dépeuplement de milieux coutumiers, faible
natalité de ces
milieux, assimilation et mutations culturelles de recrutés; une
diminution de
résistance aux fatigues et une réceptivité plus
grande aux agents morbides. La
population restée (au village) dans les milieux coutumiers
comportait un nombre
anormalement élevé de femmes et de vieux, ce qui
contribuait à la diminution de
la natalité. Le dépeuplement de milieux coutumiers,
causé par cet exode rural
forcé (recrutement) s’était vu aggraver par des nouvelles
affectations : les
maladies vénériennes (gonocoque, syphilis ...)
exerçant de grands ravages que
les noirs n’avaient jamais connus.
Le recrutement
de la main-d’œuvre a eu aussi pour
conséquence le déséquilibre politique,
économique et social : perte de
l’autorité et de l’honneur du Chef traditionnel, abandon des
cultures vivrières
au profit des cultures industrielles, injustice sociale et
discrimination
raciale. Partout le blanc est chef et le noir est victime des faits
vexatoires.
La soumission des chefs noirs à l’envahisseur a donc compromis
leur prestige
alors qu’ils avaient l’autorité de la tradition, tout le poids
de la
légitimité. C’est justement dans ce cadre que certains
mouvements de révolte
comme celui des Pende en 1931 seront une des origines du
réveil
politique (SIKITELE, 1976 : 451-555).
Malgré
leur séjour dans les camps, les travailleurs
noirs ont continué à subir ce que DOUCY, A., et al.
(1958) appelle " la
pression coutumière ". Ils ne deviennent pas des hommes
nouveaux
mais plutôt une espèce d’hybrides culturels. Cela allait
de soi que les liens
qu’avaient les travailleurs noirs entre le village et la nouvelle
cité
européenne étaient variables selon :
CONCLUSION
Cette
réflexion nous a permis d’affirmer que la
main-d’œuvre indigène était indispensable au
fonctionnement comme au
développement des entreprises coloniales (Symétain,
Sofolac, Cotonco, CFL, ….).
Les congolais ont, ipsofacto contribué à l’œuvre
de bâtir le Congo
colonial.
En dépit
de l’existence d’une législation en matière
de recrutement, les entreprises en ont abusé car elles ont
recouru à la
brutalité, à la contrainte, à l’emprisonnement, au
bénévolat et voir même à la
location de la main-d’œuvre.
Cependant, le
travail salarié imposé aux noirs a eu
plusieurs conséquences dont la province du Maniema a souffert.
Pour cela, la
conscience collective du Maniema, n’a pas eu l’occasion
d’intérioriser l’âme de
valeurs de travail. Ce qui est même resté
indélebile dans leurs mœurs:
«personne n’est disposée de travailler sous le
contrôle d’une personne».
L’absence de
législation en matière des salaires a
été à la base de la misère du travailleur.
Elle est même la cause essentielle
de certains mouvements de révolte des autochtones.
Néanmoins,
de tous ces inconvénients, ce système de
recrutement ne manque pas de mérites: il a favorisé la
détribalisation par la
naissance de l’amitié entre travailleurs et parmi les mariages
exogamiques.
C’est lui aussi qui a favorisé la naissance et/ou l’usage d’une
langue commune
de communication, en l’occurrence le " Swahili "
dans le Maniema.
Vous
pouvez évidemment sourire ou rejeter d’un revers de la main de
faits évoqués
dans cet écrit de réflexion. Moi aussi j’ai tout autant
envie de rire et nier
cette réalité que de pleurer; c’est ce qui fait sans
doute le destin tragique
de l’histoire du Maniema. Cest à dire: ne pas vouloir accepter
aussi une
certaine responsabilité de l’homme du Maniema comme coupable de
l’échec en
croyant que toute la cause est seulement exogène.
Que cette
conclusion de réflexion nous derange, nous choque, qu’il nous
interpelle dans
toute sa vérité, qu’il nous oblige à pousser
jusqu’au bout notre réflexion,
voilà qui n’est pas banal et mérite que l’on y consacre
quelque temps de
lecture et de réflexion.
“Le DEbat
est ouvert A TOUT LE MONDE”.
BIBLIOGRAPHIE
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Perspective, International Ministress, Valley Forge (USA)
REPUBLIQUE
DEMOCRATIQUE DU CONGO
PROVINCE DU MANIEMA
COMMISSION
DIOCESAINE JUSTICE ET PAIX
C.D.J.P.
B.P. 39 E-mail
:cdjp_kasongo@yahoo.fr
KASONGO
/ R.D.CONGO
LE
CALVAIRE DES FEMMES DU MANIEMA A L’EST DE
LA REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO.
PLAIDOYER POUR LE RESPECT DES
DROITS DE LA FEMME.
Par l’Abbé
Alexis ASANI NDALIMBUZI
Kasongo, Mai 2005
DEDICACE
Avec
l’expression de mes remerciements à mon Evêque Monseigneur
Théophile
KABOY pour
tant de
soutien et d’encouragement pour la défense de la cause de la
femme ;
A tous
nos PARTENAIRES pour
leur appui soit multidimensionnel, soit
financier :
SECOURS
CATHOLIQUE/Caritas France
CRS/Congo
A toute l’EQUIPE
la CDJP/Kasongo pour sa contribution substantielle dans
sensibilisation en
profondeur de nos mamans en matière de leurs droits et devoirs
en tant que
citoyennes :
Maître
Jean-Claude MUTUBURE, Attaché
Juridique
Monsieur
BUYUNI WA MWAMBA, Secrétaire de direction disponibilisé
pour le
Bureau de liaison de la Commission Electorale Indépendante
Madame
Générose Munema FURAHA, Animatrice sociale
Monsieur
Paul NDAKUBANDU, Logisticien-comptable
A
Monsieur l’Abbé TATA Pontien, Recteur du Grand Séminaire
Monseigneur
Cleire ; à l’abbé Jean SULA, Vice-recteur et
à l’Abbé NGONGO Simon pour
les conseils et les ajoutes pour l’enrichissement de ce texte ;
A tous
nos Animateurs paroissiaux justice et paix pour leur bravoure dans
les interventions
Pour
défendre les droits de la femme paysanne dans les milieux les
plus
reculés ;
A toutes
les associations et ong locales
qui travaillent pour la promotion de la femme au Maniema ;
A toutes
les mamans du MANIEMA
et à toutes les victimes de violences
sexuelles et de discrimination ;
A tous
mes frères et sœurs du Maniema partout où ils se
trouvent ;
Je dédie cette Plaidoirie, dans
l’espoir d’en faire une large diffusion et de chercher des solutions
appropriées pour l’amélioration des conditions de la
femme du Maniema, notre
mère, notre sœur, notre partenaire.
Abbé
Alexis ASANI NDALIMBUZI, Directeur
CDJP/Kasongo
CHAPITRE Ier :
CADRE PHYSIQUE
1.1. CADRE
GEOGRAPHIQUE
La Province
du Maniema est peuplée de plus d’un million d’habitants et
couvre une
superficie de 132.250 Km2. Notre milieu d’étude le Sud –
Maniema, fait partie
intégrante du Maniema.
Situé à
l’Est de la R.D.C., la Province du Maniema constitue l’une des 11
Provinces de
notre pays. Il est constitué de 7 Territoires ruraux ( LUBUTU,
PANGI, PUNIA,
KASONGO, KAILO, KIBOMBO et KABAMBARE) et 3 Communes urbaines
situées dans la
ville de KINDU.
Le Maniema
est limité au Nord par la Province Orientale, au Sud par le
Katanga, à l’Est
par le Sud – Kivu et à l’Ouest par le Kasaï- Oriental. Issu
du découpage territorial de 1988 de
l’ancienne Province du
Kivu, le Maniema est privé d’investissements nationaux depuis
1960. Cette
nouvelle Province a dû faire face au retrait de la
coopération internationale
et aux conséquences du blocage politique lié au processus
de démocratisation
par la classe politique. Les 2 guerres de l’Est n’ont pas
épargné cette
Province.
1.2. CADRE HUMAIN
Le Maniema
est constitué d’une mosaïque des tribus qui font parties
des dernières
migrations. C’est un métissage, un brassage des cultures
bantoues,
arabo-swahili et occidentales.
Au Nord-Est
de la région se sont installées les populations KUMU,
LENGOLA, METOKO et LEGA.
Au Centre-Ouest, et au Sud – Ouest
campent les populations d’origine MONGO (Ngengele, Songola, et Kusu).
Au Sud se
trouvent les ZIMBA et autres populations d’origine Luba que sont les
SONGE, les
ZURA, les MAMBA, les KASENGA, les KWANGE, les NONDA, les BANGUBANGU et
les
BUYU.
L’Etat-nation
de tous les peuples fut le lignage. Le Maniema n’a pas connu des
structures
politiques centralisées. La relation entre les peuples
était caractérisée par
des conflits permanents aggravés par de razzias, des raids et
des guerres
inter-ethniques. Cet état de choses a permis la
pénétration d’autres peuples
envahisseurs.
1.3. CADRE
HISTORICO-POLITIQUE
L’homme du
Maniema semble avoir été marqué
profondément par quatre modes de gouvernance
historique :
a. La
gouvernance pré-arabo-swahili marqué par le sultanat
coutumier.
b. La
gouvernance arabo-swahili à but esclavagiste.
c. La
gouvernance coloniale à caractère paternaliste qui a eu
comme conséquences
l’infantilisation du congolais et son manque d’initiative et de
créativité.
d. Le pouvoir
post-colonial caractérisé par les guerres fratricides, le
non-respect des
droits des citoyens congolais et la clochardisation du congolais.
Tout au long
de l’historique ci-haut tracé, la situation de la femme
congolaise était très
déplorable. Traitée de sous – homme, marginalisé
et sous – estimée, la
Congolaise ne pouvait que subir des violences multiformes que nous
tenterons
d’analyser dans la partie suivante.
CHAPITRE II. : DE
LA MARGINALISATION DE
LA FEMME EN GENERAL AU MANIEMA
2.1. AUX ORIGINES DE
LA MARGINALISATION
A. La
position de la femme dans la société
pré-capitaliste.
Les
sociétés
africaines pré-capitalistes ont connu de multiples formes
d’inégalités
sociales : entre classes sociales, groupes professionnels, classes
d’âge,
clans et enfin sexes.
Cette
dernière source d’inégalités est sans
doute la plus généralisée, la plus profonde
et la plus ancienne. Les
femmes étaient soumises aux hommes de multiples manières
et tout au long de
leur existence :
-
Dès la naissance, elles sont revêtues d’une
valeur d’échange : la dot, les frais d’un meurtre, etc.
- Ayant
grandi, elles fournissent une valeur d’usage pour un travail domestique
subalterne effectué dans l’obéissance la plus
complète à la mère ou à la tante.
-
Après le mariage, elles réalisent leur valeur
d’échange initiale et entre sous la dépendance du mari et
de sa famille sans
pour autant s’y intégrer. On attend d’elles des prestations
économiques
astreignantes mais avant tout qu’elles soient fécondes et
reproductrices. Elles
doivent, pour ce faire, perpétuer la lignée des hommes.
B. Les
femmes africaines à travers la littérature
anthropologique occidentale
L’oppression
et la marginalisation des femmes africaines sont riches en commentaires
de la
part des chercheurs européens.
Selon
ENGELS, la marginalisation part du développement de la
propriété privée et des
sociétés des classes. Son point de vue est
étriqué car l’oppression existait
dans des sociétés sans classes, y compris dans les
sociétés matriarcales
proprement dites.
- Selon
MEILLASSOUX, l’origine de l’oppression est liée à la
nécessité du contrôle des
femmes dans les sociétés agricoles où le
« mode de production
domestique » exige la préservation des effectifs des
producteurs.
- D’après
GODELIER, c’est le faible développement des forces productrices
naturelles qui
ont handicapé la situation de la femme par les contraintes des
maternités et
les a mises en position d’infériorité. GODELIER affirme
que la femme a une
importance décisive pour le maintien des communautés par
ses fonctions
reproductives et économiques. La relation entre les sexes est
asymétrique et
non réciproque. L’asymétrie et l’oppression des femmes ne
feront que
s’accentuer avec le développement des forces productives et la
division
croissante du travail.
- Enfin,
selon Marie – Claude DUPRE, chez les TEKE, les femmes sont soumises
à une
double pression : celle du mari et de la famille du mari et celle
de sa
famille et de son frère.
2.2. LA FEMME DU
MANIEMA A TRAVERS LES AGES.
Avant
d’étudier le sort de la femme pendant les différentes
périodes, il est
souhaitable que nous puissions d’abord parler des différences
régionales de
notre cadre de réflexion. La Maniema comprend 2 grandes
Régions : Le Nord,
forestier et animiste et chrétien tandis que le Sud, savanier et
en majorité
Musulmane avec une minorité des Chrétiens. Cette
différence de la flore et des
cultures va nous aider à comprendre un certain niveau de retard
constaté chez
les femmes du Maniema.
A. La
période ancienne d’avant le brassage culturel
Pendant
cette période, la femme est traitée de bonne à
tout faire. Aucun effort de son
émancipation n’est déployé ni d’ailleurs par les
femmes elles – mêmes. Elles
sont sous le joug de la coutume et son identité est
écrasée. Au Nord comme au
Sud, la situation est presque la même. Nous pouvons citer de la
situation des
femmes (filles) pendant l’initiation
« KIMBILIKITI » chez les Waregas
où le sexe féminin est martyrisé et les filles
(femmes) n’ont aucun droit
d’être initiées. Chez les Wazimba, la clitoridectomie ne
jouissait pas d’un
encadrement quelconque public. Au contraire, le
« YANDO »,
« KYASO », circoncision, constituait une grande
cérémonie pompeuse.
Donc, à
cette époque, la valeur d’une femme relevait de sa
fécondité, de sa valeur
d’usage et de sa valeur d’échange (dot) et de production.
B. La
période de brassage culturel
La partie
Nord du Maniema n’a pas connu des changements majeurs sur le plan de la
situation de la femme. Dans cette contrée, elle a
continué à être marginalisée
et sous-estimée, en dépit de quelques
considérations dans la lignée des BAMI.
Dans la partie Sud, il y a eu une relative amélioration dans les
conditions de
la femme avec l’avènement du « BULUBA »
ou du « BUFUMU »
en provenance du BUSONGE.
Pour la
toute première fois, la femme devenait
« FUMU », dignitaire au même
titre que l’homme. Elle pouvait siéger aux côtés
des hommes et participait aux
cérémonies du « Bufumu ». Elle
dansait aussi parmi et aux côtés des
hommes.
C. La
période arabo-islamo-swahili
La région
triangulaire dont le sommet est la côte orientale de l’Afrique et
plus
précisément Zanzibar et la base, une ligne reliant
Kisangani à Kazembe
(Katanga) en passant par NGANDU au Kasaï constitue la
contrée
arabo-islamo-swahili. Des indicateurs comme la présence des
descendants
islamo-swahili à Kms 18, dans l’un des quartiers de Kasongo,
à Kibombo, à
Muzelela, (chez MWINYI KASIRI) à Kisangani et à WALIKALE démontrent à suffisance
l’originalité de
cette culture arabo-islamo-swahili dans ce triangle. La partie Sud du
Maniema a
été très touchée par cette culture tandis
que le Nord ne l’a connue que
faiblement.
Au lieu que
la situation puisse s’améliorer davantage chez la femme, la
culture
arabo-islamo-swahili est venue de nouveau marginaliser la femme dans la
prise
des décisions sur les affaires de la cité. D’abord, les
arabo-swahili l’ont
rendue esclave pendant la traite. La femme était l’objet de
vente comme pendant
la période précédente où la fille se
vendait pour le mariage. En plus, le mode
de vie des femmes selon cette culture, était difficile. La femme
devait vivre
dans des « HAREMS » enclos, donc une façon
de la marginaliser et de
l’élever comme si on élevait sa chèvre. Et pourtant l’islam a joui des faveurs de la part de la
culture locale.
D. La
période de l’évangélisation (christianisation)
Dans les
Saintes Ecritures, il est reconnu ce qui suit :
- « L’homme et la femme, tous deux, à un degré
égal, sont des êtres humains. Tous deux furent
créées à l’image de Dieu »
(Gn. 1,27).
-« Le créateur confie la
« domination » de la terre au genre humain,
à toutes les personnes, à
tous les hommes et à toutes les femmes qui puisent leur
dignité dans leur
« origine » commune » (Gn
1,28). En dépit de cette reconnaissance
d’égalité entre l’homme et la femme
dans la Bible, le vécu au quotidien des fidèles n’a pas
pu favoriser
l’émancipation de la femme. Toutefois, on doit reconnaître
le fait que le
missionnaire qui se faisait accompagner des sœurs religieuses
atténuaient la
marginalisation évangélique de la femme. Mais
jusque-là, la femme n’avait pas
droit de prêcher devant les hommes.
D’une
manière sporadique, l’église chrétienne mobilisait
la femme dans ses œuvres
sociales afin de la libérer de l’ancêstralisme
anachronique et oppressif.
2.3. QUELQUES
CONJONCTURES SOCIETALES DE LA
FEMME ET FILLE DU MANIEMA
La
précarité
et l’infériorité de la condition de la femme dans la
société africaine
pré-capitaliste s’articulaient autour de quelques points :
- Etre
fille-mère : Cet état
compromet sa valeur sociale et la sécurité de la
filiation. Donc, il ruine sa
valeur socio-économique.
- Etre veuve : Toute femme
veuve est une sorcière potentielle. Elle peut donner la
mort comme elle a donné la vie. Devenue suspecte, et
improductive, le seul
espoir qui lui reste est l’héritage ou son retour à la
famille. Si elle entre
dans sa famille, elle ne peut revêtir sa valeur que si elle veut
se
remarier. Dans le cas contraire, elle
est taxée d’impure ou de vouloir débaucher les filles du
clan.
- Etre
stérile : la stérilité absolue
ou relative c’est-à-dire respectivement ne pas procréer
ou n’engendrer que des
filles est un grand malheur d’une épouse ou d’un couple. La
seule issue est la
polygamie comme mode compensatoire dans le chef du mari ou la
répudiation de la
femme stérile.
- Etre nocive en
puissance : Toute femme peut être
« accusée »
d’être génératrice du désordre et du mal.
C’est par supposition que cela se
fait souvent. D’où l’adage « manger avec une femme,
c’est manger avec une
sorcière », proverbe bantu.
Comme on
peut le constater, cette menace qui pèse sur les femmes dont la
cause est la
distorsion et la manipulation des contenus opérés au
détriment des plus faibles
(femmes et filles) constitue une puissante incitation aux
mécanismes du mépris,
de l’oppression, de la marginalisation de la femme par l’homme.
En effet,
jusqu’à nos jours, dans notre milieu arabo-musulman et
traditionnel, la femme
reste encore considérée comme un « Etre –
machine » qui n’est bonne
qu’à procréer, à cultiver les champs, à
préparer la nourriture,à manger et ce,
pour le plaisir de l’homme.
L’acte de
mariage lui – même a perdu de sa valeur tant coutumière
que sacramentelle, du
fait de l’éducation familiale au rabais depuis bien des
années.
La conjoncture
socio – économique difficile qui n’épargne pas le Maniema
en général, fait que
de jeunes filles s’adonnent au trafic sexuel, à la revente de la
pacotille,
parfois loin de leurs parents, dans des milieux où la
dépravation des mœurs est
très avancée. D’où, tout un ensemble des mœurs
dégradées comme :
Le
dévergondage prématuré,
Les mariages
par rapt et viols,
Les mariages
de « Madele » ou à crédit et pour
un temps très bref
Les unions
libres improvisées,
La
délinquance juvénile, avec constat de
quelques
cas d’adultère chez les femmes mariées,
Les mariages
précoces et souvent irresponsables.
Par
ailleurs, avec la pauvreté grandissante dans notre pays comme
dans notre
Province du Maniema, il y a des phénomènes nouveaux qui
affectent la jeune
fille :
Le sexe
devient une marchandise recherchée par les gens qui ont le
pouvoir, la richesse
ou l’autorité. Les pertes de virginité (au reste
banaliser ) de petites filles
se multiplient presque partout et à des âges sans cesse
décroissants. Et ces
pertes de virginité sont perpétrées dans la
majeure des cas par des
adultes : commerçants, patrons d’entreprises,
administratifs, enseignants,
etc. La défloration peut être l’occasion d’importants
cadeaux (vêtements,
chaussures, bijoux, nourritures, parfums ou autres lotions.
Dans les
grands centres, de nombreux lycées réservés aux
jeunes filles deviennent les
viviers sexuels de la classe aisée : des voitures attendent
les élèves à
la sortie des cours pour des soirées qui commencent dans un
restaurant pour se
terminer dans un hôtel bien discret…Et il s’ensuivra une
grossesse et des
avortements difficilement chiffrables et qui peuvent entraîner la
mort de la
fille, avec la complicité des infirmiers, des médecins ou
des femmes aux
potions très enivrantes et mortelles.
A cette
prostitution des pauvres s’ajoute celle des étudiantes des
universités et
autres instituts supérieurs avec les hauts fonctionnaires,
ministres, autorités
académiques, professeurs, …En quête des points, les
étudiantes se livrent
parfois en marchandise de charme et ce, moyennant de petites faveurs
pour
passer en classe supérieure. Par ailleurs, en dépit de
leurs intelligences
d’autres étudiantes sont victimes de toute sorte de
harcèlement sexuel de la
part des autorités académiques, professeurs et bon
gré, mal gré les choses
doivent se passer en intimité forcée, malicieuse,
profiteuse.
Dans cette
même optique, les jeunes femmes en quête d’emplois ou
déjà engagées subissent
des sollicitations avec intimidations de se faire remplacer pour l’une
ou
l’autre raison fantaisiste aux contours toujours ambigus et flous.
Souvent le
maintien à un poste dépend de la satisfaction sexuelle du
patron. Par contre,
de nombreuses jeunes femmes utilisent au maximum leur charme et
réussissent par
toute sorte de subterfuge de maquillages et d’accoutrement, à
conquérir des
postes non par leur compétence, mais à cause de leur
largesse sexuelle.
La pratique
des savons antiseptiques pour brunir le corps et le port des perruques
d’imitation d’une chevelure à l’européenne cache en fait
en toile de fonds non
seulement une crise identitaire d’une africaine bantoue, mais surtout
une
coquetterie acrobatique d’attirance de
l’homme pour un gagne pain, à travers le commerce charnel. Un
pis-aller, au
regard du contexte difficile de clochardisation de la population
congolaise.
Quant à la
femme en général du Maniema, en plus du tableau
cauchemardesque décrit ci
–haut, elle est soumise à des travaux excessifs des champs qui
burinent vite
son corps. En plus de lourds fardeaux qu’elle porte chaque jour sur la
tête ou
sur le dos, elle doit encore porter son bébé sur le cou
ou à la poitrine, avant
de commencer ses travaux ménagers qui se terminent parfois tard
dans la nuit
dans la lassitude quasi totale.
La femme
dans notre milieu reste encore victime des traitements inhumains et
déments de
la part de l’homme ( coups et blessures volontaires, injures publiques,
humiliations, préjugés et complexe de
supériorité de la part de l’homme, viols
).
Dans
l’ensemble, la femme du Maniema est toujours illettrée. Le taux
d’analphabétisation reste parmi le plus élevé de
la R.D.Congo, par manque d’un
encadrement socio – intellectuel adéquat de la femme et de
l’inexistence des
structures éducatives appropriées pour son
émancipation.
Dans les
foyers où l’activité principale est le commerce, on note
bien des cas d’abandon
prolongé du toit conjugal par les maris, et ceci contraint la
femme à mener une
vie de misère, d’errance, de commerce charnel. Et les enfants en
patissent,
notamment par la malnutrition, la déscolarisation, l’imitation de
mauvais exemples, le
manque de repère moral et la délinquance juvénile.
Il en est de
même des maris irresponsables qui abandonnent leurs
épouses et leurs enfants et
restent prisonniers des femmes aux moralités douteuses.
Comme on
pourra le constater, ces foyers vivent dans la dépossession la
plus totale.
Tout leur manque, de la cuillère à la casserole, de
l’habillement à la literie.
Les nattes couvrent 90 % des lits.
Pour
beaucoup de familles, consommer du sel est un luxe. Que dire du sucre,
du lait,
etc…Le café est consommé à sec !
On le dira
jamais assez, la chosification/exploitation de la femme est plus
qu’évidente au
Maniema surtout dans le contexte de guerre où l’on vient
à peine de s’en
remettre.
D’après un
rapport publié par Human Rights Watch, la violence sexuelle est
utilisée comme
une arme de guerre contre les femmes à l’Est du Congo par la
plupart des forces
armées impliquées dans le conflit. Ce rapport montre
qu’il y a une corrélation
étroite entre les activités militaires et la violence
sexuelle : quand les
activités militaires augmentent, la violence sexuelle augmente.
Ce fut surtout
le cas en 2002 dans nos 4 territoires ( Kabambare, Kasongo, Pangi,
Shabunda ),
lors des affrontements répétitifs entre les miliciens
Mai-Mai et les Militaires
de l’ex-rébellion du RCD, précisément à
Salamabila, Wamaza, Bikenge, Kampene,
Kipaka, Kalima, Kasongo, Kabambare,
Kibombo…
Des
témoignages fréquents et concordants ( à partir de
nos enquêtes sur terrain )
ont fait état des combattants ayant enlevé des femmes et
des filles pour les
amener dans leurs bases dans les forêts où ils les ont
obligées à leur offrir
des faveurs sexuelles en plus du travail domestique, pour parfois plus
d’une
année Certaines
déplacées qui ont
trouvé refuge en ville en croyant être
sécurisées se sont vues violées aussi
bien par les soldats du RCD que par certains agents des services
officiels de
l’Etat.
Ce qui nous a le plus
frappé, c’était la situation des mamans de Kalima –
centre( à 100 kms de Kindu
en province du Maniema à l’Est de la République
Démocratique du Congo ) qui ont
été déportées dans la forêt pour une
durée de 2 à 4 mois, voire une année par
des miliciens mai-mai dans la brousse. Cela s’est passé surtout
en 2002 et 1er
semestre 2003. En brousse où elles étaient
déportées, ces mamans, filles ( même
une fille de 11ans ) ont été violées,
harcelées, traumatisées, battues…par des
miliciens qui se réclamaient soit de PADIRI, soit de KABAMBE.
Ceux-ci ont
carrément fait d’elles leurs épouses. Imaginez les
conditions dans lesquelles
ces personnes ont vécu. Que d’humiliations et de traumatismes
psychologiques ! Beaucoup ont eu d’ infections dues aux maladies
sexuellement transmissibles, au VIH/SIDA. Nous avions nous-même
entendu des
témoignages très accablants que nous avions
enregistrés et fait passer à la
radio Maendeleo de Bukavu sur leur demande explicite pour fut-ce
alerter les
humanitaires et autres personnes de bonne volonté aux fins de
leur venir en
aide – du moins pour celles qui ont reçu à
s’échapper des brousses – car il se
posait un sérieux problème non seulement d’assistance en
soins médicaux, mais
de réintégration sociale dans leurs foyers, familles. En
effet, il y a eu des
mamans qui ont perdu tout de leur féminité et qui ont
été/sont complètement
découragées. Abandonnées à
elles-mêmes, parfois chassées du toit conjugal,
critiquées, injuriées, humiliées dans leur propre
dignité, pillées et
dépouillées du strict minimum, ces mamans n’arrivaient
pas toujours à
comprendre pourquoi les armes des belligérants de cette guerre
« injustifiablement justifiable »ont
changé de cible, pour s’abattre
sur elles en termes de crépitement de déportation, de
viols, de pillages, de
toutes formes de violence.
Récemment, pour
continuer à illustrer la gravité de ce
phénomène ignominieux, dans la nuit du
13/08/2004, lors des événements de Tengetenge (une
localité dans le territoire
de Kabambare ), les femmes ci-dessous ont été
violées par les éléments de
sécurité ANR ( ex. DSR ), les policiers, des militaires
de l’ex –RCD sous le
commandement du capitaine MASAMBA envoyés par le soi-disant
conseil de sécurité
de Kabambare pour mener une enquête sur l’hypothétique
soulèvement de la
population contre les policiers. Il s’agit de :
Thérèse MWANAYAMBA,
âgé de 30 ans, originaire de
Kibangula, fille de KIKOKO et de SIFA, mariée à BARUANI
MWANAYAMBA, mère de 7
enfants, grosse de son état.
ZAWADI MUNGUWABO,âgée
de 42 ans, fille de MAVU et
de SAFI mariée à AWAZI MBELENGE, mère de 12
enfants avec un bébé de 8 mois sur
les bras.
ZAMUDA
MARILO, âgé de ± 60 ans, originaire de KIKOKO veuve
de son état et mère de 5
enfants.
MWAVITA BAHATI, mère de 6
enfants, mariée à
BARUANI KABWELA.
LEONIA SABITETE, mère d’un
enfant, mariée à SEFU
TATA avec un bébé de 1 ans et 4 mois sur les bras.
BYANABIKE BUSHIRI, âgé
de 31 ans, mère de 5
enfants, mariée à MUGALU RASHIDI.
AMINA ARIDJA, âgée de
25 ans, mère de 4 enfants,
mariée à AKIDU avec un bébé de 2 mois.
ZAINA MALASI, mère de 6
enfants, mariée à MUSA
MAWAZO.
ANIFA MILAMBO, âgée de
30 ans, mère de 2 enfants,
mariée à NDARABU RATANGAI ZUZU, malade de son
état.
Euphrasie INDAI âgée
de 36 ans, mère de 2 enfants,
mariée à MUSA MUBUMBU, un des activistes de l’ASADHO.
FATUMA ISAYA
âgée de 29 ans, mère de 5 enfants, mariée
à ISAYA.
AZIZA TOSHA
âgée de ± 60 ans, mère de 6 enfants, veuve
de son état.
FAILA MWANVUA,
mère de 9 enfants, mariée à RAMAZANI WENDO.
FATUMA SAKINA,
mère d’un enfant, mariée à YUMA ABASI.
BAHATI KELE
mère d’un enfant, mariée à KATILO.
MARIABO
MATIASI, âgée de 16 ans, fille de MATIASI et de ELISA,
fiancée à
ALIFA.
SOFIA
Jeannette, mineure de 12 ans, fille de ASANI et de ZAMUDA,
élève de
son état en
5e primaire.
En date du 29/07/2004,
les éléments armés HUTU Rwandais,
génocidaires, qui opèrent entre autres dans
les territoires de SHABUNDA et KABAMBARE ont enlevés Mlle
WASIKWA Lucie âgée de
16 ans dans le groupement IKAMA-KASANZA, collectivité de
WAKABANGO I,
territoire de SHABUNDA, proximité avec le territoire de Kabambare en province du Maniema.
A la même date et dans
le même village 3 autres personnes ont été
enlevées par les mêmes éléments et
dans les mêmes circonstances. Il s’agit de :
Mme MBAMBA MARIE âgée
de 24 ans
Mme MBILIKA MARIE âgée
de 25 ans
Mme MBILIKA MUSEME KALIMBI
âgé de 30 ans,
boutiquier.
En date du 07/08/2004, ces
inciviques génocidaires ont fait un raid à MULALA,
localité frontalière de
territoire de Kabambare vers Kalole au Sud-Kivu et ont enlevé
Mme SIFA WABIGWA,
mariée à MBUNGIASI, âgée de 17 ans.
Comme si cela ne
suffisait pas, les mêmes Hutus Interahamwe, en date du 29 mars
2005 ont fait
parler d’eux en massacrant sans vergogne à Kakalania et Mulala
une trentaine
des personnes innocentes dont quelques femmes parmi les victimes :
Madame SIDONIE, maman Jeanne,
âgée de 43 ans et
mère de 3 enfants.
Une femme zimba non
identifiée, égorgée avec son
fils.
Tels sont les quelques
cas pour illustrer le drame et le calvaire de la femme du Maniema,
à l’instar
d’ailleurs de ce qui s’est passé un partout en RDC. Toutefois,
les forces armées et les miliciens ne sont pas les seules
responsables des
crimes et abus sexuels constatés. En profitant de la confusion
de la guerre, de
l’environnement d’impunité autour de la question, les personnes
en position
de pouvoir et d’autorité et les
bandits
se sont illustrées dans les viols des femmes, le
harcèlement de tout genre au
grand mépris du Droit humanitaire international.
Les
conséquences physiques, sociales et psychologiques de ces actes
sont souvent
difficiles à surmonter. Déjà avant la guerre, le
recours à la justice pour les
femmes violées était rare. Ceci est donc chose encore
plus délicate avec
l’amplification du nombre de cas. A cause de la crainte de la
stigmatisation et
de l’abandon potentiel-tant par le mari que par la communauté-la
femme ne
partage pas ce qu’elle a vécu et il est rare que pareils cas
soient traduits en
justice. Les questions de crimes et abus sexuels sont parfois traduits
hors du
tribunal, et cela moyennant paiement d’amendes symboliques
compensatoires.
Pendant les
2 guerres de l’Est, pour y revenir, (1996-1997 et 1998-2003), la grande
victime
au Maniema était la femme. Elle a subi les difficultés et
a supporté son ménage
aux ¾, en menant de petites activités de commerce, des
activités champêtres et
ce, sans parfois assistance du mari démissionnaire et
irresponsable.. Cette
femme a traversé une période des viols, des violences
physiques et du pillage
de ses biens. Elle a été obligée de transporter
des bagages des militaires à
des longues distances et soumises à toutes formes d’exactions
comme on l’a soulevé
ci-haut.
Devant
l’injustice et les violences de tout acabit dont la femme du Maniema
est
particulièrement victime, la C.D.J.P / Kasongo, dans son
programme de
responsabilisation de la population en général et celle
de la femme du milieu
rural en particulier qui doit être CONTINU et
systématisé s’est investit à
revoir ses stratégies aux fins de mener sur terrain grâce
à l’appui de ses
partenaires dont principalement : SECOURS CATHOLIQUE/CARITAS
France (
appui à ses activités multisectorielles ), CRS/Congo (
activités de plaidoirie
), une action de plaidoirie en
profondeur en vue d’une véritable reconversion des
mentalités dans le chef des
populations, des dépositaires des coutumes et décideurs
religieux et politiques.
Par une
série de séminaires, des journées d’animation, de
restitution, des conférences,
de concours des danses traditionnelles à KIPAKA, KAMPENE,
KASONGO, WAMAZA,
KIBANGULA, LUSANGI au Sud et dans une certaine mesure à KALIMA
et KAKUTYA dans
la partie Nord du Maniema ; la C.D.J.P, partant de cet
échantillonnage,
fait participer les femmes « leaders sociaux »
à des séances de
discussion avec d’autres femmes, avec les hommes partant de l’approche
genre
pour regarder dans le miroir femme au sein de la société
trop masculine et sectaire ;le
capital-image de la femme. Les Cellules de paix
créées à cet effet dans
les localités cibles ont constitué et constituent des
barza d’écoute,
d’échange, des pépinières à la base pour un
certain éveil de la conscience de
l’être-de-la-femme du Maniema.
Par
ailleurs, à travers les différents séminaires, les
conférences débats, les
journées de restitution, notre Commission Justice et
Paix/Kasongo a pu
constater que les femmes en plus de tout ce qui a été dit
sont victimes des
violations très graves des droits de la personne humaine que
nous présentons de
manière assez schématisée dans les rubriques
ci-après sous forme des chapitres
à part pour des raisons de clarté. Afin
de juguler( démarche très ambitieuse évidemment )
ce fléau inhumain et
dégradant en plein XXIè
siècle, la CDJP
proposera certaines stratégies, au reste pas exhaustives et dans
la conclusion
formulera de manière globale des suggestions ou recommandations à l’endroit de tous ceux qui peuvent,
chacun
selon ses possibilités, ses moyens d’actions, apporter sa pierre
au grand
édifice de PROMOTION DES DROITS DE LA FEMME DU MANIEMA, et
partant de la femme
congolaise. Un travail certes des fourmis, mais qui sait. Oser et
toujours oser
pour espérer. Car, l’espérance fait vivre et
n’entraîne pas toujours la faim.
CHAPITRE III. :
DES VIOLATIONS DES DROITS
DE LA FEMME DANS LE MANIEMA EN PARTICULIER.
3.1. DES VIOLATIONS
PORTANT ATTEINTES A LA
DIGNITE DE LA PERSONNE HUMAINE OU VIOLENCES CULTURELLES.
Contrairement
aux dispositions de l’article 5 de la Déclaration Universelles
des Droits de l’
Homme ( DUDH ), de l’article 7 du Pacte International relatif aux
droits civils
et politiques, de l’article 5a, de la Convention sur
l’élimination de toutes
les formes de discrimination à l’égard des femmes et
même de l’article 544 du
Code congolais de la famille, les femmes du Maniema sont victimes :
De coups et
blessures de la part de leurs maris, sous prétexte qu’une
certaine faute aurait
été commise ( retard par exemple dans l’apprêtement
de la nourriture alors que
les deux partenaires reviennent tous du champs au même moment ).
Il peut
arriver que ces coups entraînent la perte de la vie de la femme
ainsi
sauvagement battue parfois au vu et su des enfants et des gens du
quartier.
Des tortures
pour leur arracher une information ( par exemple le fait de rencontrer
sa femme
échanger debout avec un homme ) ou pour des fins sexuelles
même si la femme est
fatiguée ou malade ;
Des
traitements cruels, inhumains et dégradants surtout dans le chef
des veuves
considérées d’ailleurs à tort comme
sorcières ayant causé la mort de leurs
maris ;
De transport
démesuré des charges (bois de chauffe, eau, enfants,
etc.) ;
Des maladies
sexuellement transmissibles, du VIH/Sida que leurs époux
égarés dans une
méconduite leur apportent ;
Des
grossesses forcées ;
Des
traitements inhumains causés par la jalousie et les
préjugés ;
Dans ce même
ordre d’idées, contrairement aux dispositions des documents
internationaux et
nationaux, surtout dans les articles 6 de la D.U.D.H ; 10 du Pacte
International relatif aux droits civils et politiques et 334 du Code
congolais
de la famille, les violations
ci-après sont constatées :
La pratique
de forcer la veuve à épouser l’un des frères de
son mari décédé sans tenir
compte de ses prédispositions et sentiments;
Le
harcèlement de la veuve et multiples traitements inhumains lui
infligés par les
membres de sa belle-famille ( dépossession des biens,
privation du droit à
l’héritage, précarité de sa santé due aux
stress et à certaines contraintes
alimentaires et psychologiques ) ;
Le fait de
chasser une épouse du toit conjugal par son mari et les parents
de ce dernier
chaque fois qu’elle n’arrive pas à concevoir quand bien
même la faute serait du
côté du mari infécond ;
L’abandon du
toit conjugal par des maris qui font 5 à 10 ans dans des zones
aurifères
laissant ainsi leurs épouses dans la misère à la
merci des vautours mâles. Et
dans ces conditions, on exige toujours de ces pauvres femmes
abandonnées à
elles-mêmes, la
fidélité la plus absolue
à leurs maris.
Les
critiques acerbes contre les femmes qui n’engendrent que des
filles ;
Le mariage
forcé de jeunes filles sur indication et imposition de leurs
parents ou
tuteurs ;
L’absence de
dommages et intérêts pour la fille mineure
déflorée par des délinquants. Seuls
les parents se taillent la part belle et contraignent par-dessus le marché la fille à prendre en
mariage le
garçon délinquant, et ce moyennant des sacs de sel pour
la maman et les chèvres
pour le papa et ses proches.
Les
grossesses qui font toujours l’objet d’humiliations des filles et pour
les
garçons le relax familial et dans la
société ;
L’absence
d’un droit de regard de la femme sur le comportement immoral de son
mari,
notamment la polygamie, la bigamie, la bureaugamie, l’ivresse, le
retour tardif
à la maison, l’adoption forcée des enfants
engendrés en dehors du toit conjugal
en dépit évidemment de leurs innocences ;
Les
restrictions alimentaires imposées aux femmes enceintes sous
prétexte qu’il y
aurait risque que l’enfant naisse avec
une certaine anomalie, au cas où elle arriverait à manger
tel ou tel
aliment ;
La pratique
judiciaire et administrative erronée dans nos brousses qui admet
que la femme
soit arrêtée et détenue en lieu et place de son
mari criminel ;
La
chosification de la femme considérée comme un bien de
commerce, de consommation
à partir tout simplement de la dot versée à sa
famille ;
L’interprétation
parcellaire et trop manichéenne des versets bibliques,
principalement au
chapitre 2 de la genèse où
il est dit
que la femme est tirée de la coté de l’homme,
entraîne la négation par les uns,
de l’égalité de l’homme et de la femme et de ce fait,
place celle-ci dans un
statut de personne inférieure par rapport à l’homme et
donc dépendant de lui.
L’emprisonnement
des femmes dans les mêmes cellules de détention que les
hommes criminels les
exposant à toute sorte d’harcèlement sexuel et des viols ;
Les actes
d’humiliations ( injures publiques, bastonnade ) infligées de
manière
ostentatoire par certains époux à leurs épouses
parfois devant leurs propres
enfants ;
Le
phénomène
présent d’enrôlement des jeunes filles dans l’armée
par les militaires aux
fins de les exploiter sexuellement et les instrumentaliser pour de
sales
besognes;
Le
phénomène
des jeunes filles sorcières bouffeuses de chair humaine surtout
quand elles
restent auprès de leurs vieilles grand-mères
Les viols,
le harcèlement sexuel au lieu de travail…
3.2. VIOLATIONS DES
DROITS ECONOMIQUES
Dans cette
catégorie des violations, les femmes et les hommes qui ont
participé à nos
différents séminaires de formation, journées
d’animations et restitution ont
découvert que d’aucunes parmi les femmes ne
bénéficient pas de leurs droits
économiques contrairement à l’article 13 de la convention
sur l’élimination de
toutes les formes de discrimination à l’égard de la
femme. Les
violations
constatées sont :
Le fait de
considérer la propriété de la femme comme
appartenant en toute son entièreté à
son mari ;
Les pertes
de l’emploi chez les femmes enceintes ;
Pour les
quelques femmes qui étudient et ont la faveur d’être
embauchées, les maris
n’hésitent pas de s’approprier du salaire de leurs
épouses;
La privation
du droit à l’héritage pour la veuve ou pour la fille
issue d’une famille
nombreuse en majorité masculine ;
L’institutionnalisation
d’une autorisation préalable par les maris avant que leurs
épouses ne mènent
toute activité commerciale ou lucrative ou ne soient
embauchées quelque part
pour un emploi rémunérateur ;
Les
difficultés pour les femmes d’obtenir des crédits
imputables aux préjugés et
discrimination de sexe ;
La
résistance des maris de voir leurs épouses militer dans
les associations de
développement à
caractère lucratif et de
promotion des droits de la femme en général ;
Les taxes
administratives désordonnées sur les produits vivriers
que les mamans apportent
au marché (taxe sur étalage des piments, tomates,
légumes ).
Le poids
excessif de la famille reposant sur le travail très harassant de
la femme et
dont les fruits profitent plus au mari qui peut tout se permettre,
même l’acte
de marier une autre épouse
3.3. VIOLATIONS
PORTANT ATTEINTES AUX DROITS
POLITIQUES
Malgré la
reconnaissance du principe de l’égalité de tous devant la
loi et de l’égalité
de chances dans la possibilité d’accéder aux postes
publics, les séminaristes
ont constaté que c’est un principe sans utilité. Elles
ont relevé un nombre
plus insignifiant des femmes qui occupent de hautes fonctions dans la
gestion
des affaires publiques de l’Etat.
L’origine de
cette situation a été recherchée dans le
système d’éducation et dans les
traditions se traduisant par certains faits:
Le
traitement préférentiel infligé aux jeunes
garçons au détriment de leurs jeunes
sœurs par les parents en ce qui concerne les études, …En effet,
aux filles sont
réservées les tâches ménagères, de
gardiennage des enfants à la maison pendant
que les jeunes garçons jouissent de toute la quiétude
familiale ;
Les
préjugés/les clichés de
sexe inférieur
qui méconnaissent les capacités à la femme
d’assumer des responsabilités
politiques ;
La présence
des femmes qui méconnaissent l’aptitude aux autres femmes
d’occuper les postes
de commandement ;
L’instrumentalisation
des femmes par les politiciens en maille de manipulation politicienne
stratégico-démagogique dans la
conquête du pouvoir.
Hormis les
violations des droits reconnus à la personne humaine en
général et surtout ceux
renforcés en particulier pour les femmes dans certains documents
internationaux, les populations du Maniema sont victimes des violations
courantes ci-après :
Les extorsions,
l’accaparement illicite des produits de l’élevage
perpétrés par les militaires,
les agents des service de sécurité, de la police
nationale congolaise et
certaines autorités politico-administratives et
coutumières ;
Des coups et
blessures, tortures et autres traitements cruels, barbares, inhumains
et
dégradants pouvant mener jusqu’à la mort, imputables aux
mêmes autorités citées
ci-haut ;
Les
réquisitions désordonnées et illégales des
vélos par les militaires et les
policiers, surtout dans les milieux aurifères tels que :
Bikenge, Kama
Salamabila, Lunga ( en territoire de Kabambare ) ;
Les
arrestations et détentions arbitraires et illégales par
les policiers, les
militaires et les services de sécurité ;
Les
assassinats, massacres des populations civiles par les miliciens
Interahamwe
très actifs dans la région surtout dans le secteur Babuyu
et aux confins des
zones frontalières de la Province du Sud-Kivu,
Les viols
des femmes d’autrui par les hommes en uniforme et les policiers ;
Les
enlèvements des femmes et filles par les bandes
armées ;
CHAPITRE IV : DE
LA PROMOTION DE LA FEMME
DANS LA PROVINCE DU
MANIEMA EN GENERAL.
Dans ce
chapitre, on examinera 2 points ayant trait à la fois aux
obstacles et
stratégies globales à définir pour surmonter les
obstacles et promouvoir les
droits de la femme au Maniema en général et dans la
partie au sud en particulier.
4.1. DES
OBSTACLES :
Les
pratiques coutumières rétrogrades
La faiblesse
d’une volonté politique gouvernementale ferme pour revoir
certains textes
juridiques dont le code de la famille qui pratiquement légitime,
voire
cautionne intelligemment l’infériorité et la
dépendance de la femme.
L’insuffisance
des formations en matière des droits et devoirs de la femme,
laissant la porte
ouverte à des violations graves des droits de la femme.
Le
non-respect des statuts et règlement d’ordre intérieur
des associations
féminines faute de formation adéquate en
matière de gestion des
coopératives et autres associations ;
La crise de
leadership féminin à cause de l’enclavement, du repli sur
soi, de manque
d’ouverture avec les autres associations féminines et d’une
formation
minimaliste
L’influence
négative des idéologies manipulatrices des consciences
dû au politique :
tribalisme, instrumentalisation, et
aux ;
Les
rivalités internes qui minent les initiatives et
étouffent le leader sheap
féminin pour plus de créativité, de dynamisme, de
cohésion interne
La présence
d’une grande partie des femmes analphabètes ou ayant tout
simplement bénéficié
d’une formation intellectuelle au rabais.
Pour
combattre les obstacles à la promotion féminine, les
stratégies globales ont
été prises pour défendre et promouvoir les droits
de la femme du Maniema.
4.2. LES STRATEGIES
GLOBALES POUR LA DEFENSE
ET LA PROMOTION DES DROITS
DE LA FEMME AU MANIEMA.
Créer des Associations
de
défense des droits de la femme. Ces associations
peuvent être dirigées par les femmes elles-mêmes et
se doter d’un statut
cohérent pour mobiliser les énergies en faveur de la
promotion de la femme. Il
est souhaitable qu’elles puissent inclure la dimension genre aux fins
de
favoriser des actions mixtes d’intervention sur terrain face aux
obstacles
énumérés ci-haut. Etant donné le contexte
qui est le nôtre, il serait mieux
d’avoir 70 % des femmes et 30 % des hommes dans la composition
hiérarchique de
ses associations pour éviter effectivement l’étouffement
de la femme par les
hommes en maille toujours de complexe de supériorité. Ces associations auront mission de
dénoncer
les abus des violations, de plaider pour la cause de la femme, de la
population, de sensibiliser les femmes à connaître leurs
droits et devoirs, de
les visiter dans les maisons de détention, de gérer les
conflits qui
paralyseraient le vécu quotidien dans les associations, le
milieu
ambiant ; d’accompagner les victimes des violences sexuelles, de
plaider
pour l’émergence d’un véritable leadership féminin
dans différents domaines
surtout en ce qui concerne la gestion de la res publica par les femmes
au même titre
que les hommes et ce, sans tabous.
Créer une SYNERGIE
Inter
agence au MANIEMA pour les activités de plaidoirie en
profondeur auprès du Gouvernement et du Parlement par les
Associations de
défense des droits humains, les Associations féminines de
développement et les ONG
Internationationales ( CONCERN,
CARE INTERNATIONAL, FOMETRO, CRS/CONGO, SECOURS CATHOLIQUE/Caritas
France,
MERLIN, ACTED, OMS…) militant pour la cause de la femme ou une cause
similaire,
notamment celle opprimées du Maniema. La SYNERGIE abordera
les questions
prioritaires de lutte contre toutes les formes des violences sexuelles
d’où
qu’elles viennent et montera les mécanismes conséquents
de protection et de
lutte contre l’impunité qui a érigé domicile au
Congo.
Renforcer
les capacités des Plate-formes des associations
féminines telles que le Réseau des associations
féminines pour le
développement de Kasongo ( RFDKA ) et autres du même genre
implanté dans les
territoires sans moyens financiers et matériels.
Créer dans
toutes les collectivités et localités des CERCLES
DE PROMOTION FEMININE ( de 10 à 40
personnes en majorité
femmes ), espèce de Barza d’analyse et de centre
d'écoute, d’accompagnement à
la base des femmes victimes de violences sexuelles et de toute forme de
discrimination en y diversifiant les activités d’ordre psycho-socio-médical ( accompagnement des
victimes, prise en
charge, solidarité agissante par des petites collectes,
mobilisation des fonds,
émission radio ) ; culturel (
théâtre, danses
traditionnelles,
saynètes, discussions avec les chefs coutumiers ) ,
économique ( octroi des
crédits ), intellectuel ( panel de
réflexion, conférence, pharmacie de lecture,
émission radio ), politique ( insertion des
femmes dans
les partis politiques, participation dans les débats politiques,
journée de
réflexion sur les enjeux politiques, favoriser
l’émergence d’un leadership
féminin ).
Créer
un OBSERVATOIRE FEMININ DE DEFENSE ET DE
PROMOTION DES DROITS DE LA FEMME ( 5 à 15 personnes ) au sein de la CDJP
regroupant les leaders sociaux en majorité femme. Cet
observatoire – qui traitera des mêmes questions des fonds et
luttera contre
l’impunité - à la différence des cercles qui eux
sont des espèces des champs
microscopiques regroupant tout le monde ( analphabètes,
intellectuels/es ), est
un laboratoire des quelques rares éminences grises
féminines de nos milieux
ruraux toujours diluer dans les contraintes coutumières et les
sempiternels
complexes d’infériorité. Par des séminaires de
formation, des journées de
restitution… la CDJP compte mettre sur pieds
au sein de son bureau cet OBSERVATOIRE qui s’inspirera des
Cercles créés au terme de la
formation. En effet la stratégie consiste à
s’appuyer
sur 6 groupes de 40 formatrices (1 groupe par localité en raison
de 15 hommes
et 30 femmes) identifiées sur dans les localités
proprement dites et villages
avoisinants pour disséminer les notions de droits et devoirs des
citoyens au
sein de la population.
Les formatrices seront
sélectionnées en fonction de leur rôle de
leadership qu’elles jouent au sein de
la population. Elles proviendront d’association et
/ ou de
confessions religieuses, de tribus et sensibilités
différentes. La
reconnaissance de la population quant à leur activisme ainsi que
la confiance
que cette dernière leur donne seront des critères
déterminants dans leur
sélection
Chacun des 6 groupes de
formatrices/teurs recevra directement de la CDJP une formation de 5
jours en
matière de droits et devoirs des citoyens.
Cette formation abordera
les thèmes suivants :
Les droits et devoirs du citoyen et spécialement de la femme comme
stratégie
alternative sur la culture de la paix et de la démocratie. Il
s’agit de former
et d’informer les mamans dans les 6 centres ciblés, à
connaître leurs droits et
devoirs pour se faire prévaloir à temps opportun. Cette
formation implique
l’identification d’un certain nombre des stratégies communes de
plaidoyer pour
la révision du cadre juridique de la femme , le changement
des mentalités
prisonnières de nos coutumes parfois discriminatoires. C’est une
opportunité
qui s’offre également pour aider les femmes à sortir du
carcan d’une ignorance
coupable, alors que sur le plan International et national, il y a des
mécanismes, au-delà des déficiences, qui
protègent la femme contre l’arbitraire
et autres formes de violence dont elle est victime.
La démocratie. Il s’agit de
faire comprendre à nos
mamans, une fois outillées sur leurs droits et devoirs qu’il y a
dans notre
pays un processus de paix déclenché et elles sont
appelées à s’y impliquer en
assumant leurs responsabilités en tant que citoyennes à
part entières. Cela
permettra aussi aux femmes de comprendre le rôle de la
Société Civile et de
contribuer ainsi à l’établissement d’un Etat de droit par
leur impact au niveau
du village.
L’application des droits et devoirs
ainsi que des
notions de démocratie dans la vie quotidienne à travers
des actions concrètes
(sensibilisation à la mise en place de travaux
d’intérêt communautaire)
Suite à cela, les
formatrices iront restituer la formation auprès de 200 personnes
dans chacune
des 6 localités au travers de séances d’animation et de
journées de réflexions,
les conférences.
Les restitutions se
feront par la CDJP sous forme d’échantillonnage afin d’apporter
les corrections
nécessaires et combler les lacunes identifiées. Les
femmes suivies par le CDJP,
une fois au point, suivront les autres formatrices dans leurs
restitutions.
Suite aux restitutions,
un atelier de 2 jours sera organisé dans chaque localité
pour un échantillon
des participants aux journées de réflexions /
séances d’animation afin de se
rendre compte de ce qu’ils auront retenu, de l’intérêt
porté aux thèmes
abordés, de l’impact de ces restitutions sur la vie quotidienne,
des
perspectives d’avenir pour la population et pour les activités
futures de la
CDJP.
En dehors des
formations, les 60 formatrices seront impliquées dans des
travaux
communautaires tels que l’assainissement de l’environnement et les
champs
communautaires afin de servir d’exemple à la population et de ce
fait,jouer un
rôle de leadership dans leur localité respective. C’est
parmi ces femmes issues
des horizons différents que seront recrutées les
éminences grises influentes
pour former les embryons de l’OBSERVATOIRE de 5 à 10 femmes et 5
hommes pour
les réflexions en profondeur pour la promotion des droits de la
femme ( la
fille y est incluse ) par des actions multisectorielles tous azimuts.
* ERECTION DES CENTRES D’ALHABETISATION
pour les femmes qui ne savent ni lire et écrire. Ce cadre peut
servir
d’alternative pour combattre l’ignorance, porte ouverte à toutes
les exactions.
CONCLUSION
Le calvaire
de la femme du Maniema, nous venons de la parcourir ensemble. C’est une
longue
nuit qui risquerait de ne jamais connaître l’aurore si chacun de
nous ne s’y
impliquait pas très sérieusement et ce à tous les
niveaux, quel que soit le
petit rôle que l’on joue dans notre société trop
maso et inhumain. Les
décideurs politiques congolais savent ce qu’ils doivent faire
vis-à-vis de la
femme. Nous nous réjouissons du
fait
qu’au moment où nous sommes entrain de terminer la
rédaction de cette modeste
contribution pour l’amélioration des conditions de nos
mères, de l‘insertion
dans l’avant projet de Constitution de
notre pays pour un Etat de droit, à partir des élections
libres, transparentes
et démocratiques, des dispositions légales pour combattre
les violences faites
aux femmes et aux enfants. C’est un pas très important et
significatif dans
cette vaste démarche d’humanisation des conditions
déplorables surtout de la
femme paysanne de la RDC en général et celle du Maniema
en particulier.
Toutefois,
un long chemin reste à faire : combattre l’impunité,
revoir en profondeur
les dispositions du Code la famille et autres dispositions
légales coutumières
et pénales qui doivent considérer la femme comme un
PARTENAIRE de l’homme. Il
les créa « homme et femme » pour qu’ils
soient un, une seule chair
nous commentent les textes sacrés. Il faudrait que
l’humanité maniemienne qui
vient d’ADAM puisse s’exclamer encore en voyant la femme :
« voici
l’os de mes os et la chair de ma chair ». Broyé l’os
de la femme, c’est
broyé son propre tibia utilisé pour martyriser sa propre
chair. Il y a là une
complicité absurde de l’amour vrai et pas mathématique et
profiteur. Cette
équation d’égalité ; le politique, le
juridique ne peut rien y faire. La
solution viendra des époux et de l’environnement familial. Toute
une éducation
qui doit partir de cet environnement familial et qu’empoisonne une
certaine
myopie comportementale dans la traitance des filles et des
garçons à la maison,
à l’école, dans la société.
« Toutes
les filles à l’école ». Ce slogan si cher
à l’Unicef doit devenir un
leitmotiv surtout pour nos frères et sœurs du Maniema et tous
ceux qui oeuvrent
dans cette partie de la RDC si enclavée et mal servie par toutes
les
républiquettes depuis la tristement célèbre traite
des esclaves par des
« brotonsaures » de type Tipo - Tipp, en passant
par la colonie
avilissante belge, la dictature du dinosaure Mobutu et les maffieux
personnages
des transitions sanglantes en RDC avides de gros
bénéfices au détriment de la
population.
« Plus
jamais de violences contre nos mères du Maniema et plus jamais
de
discrimination imputable aux coutumes rétrogrades
aggravées par des
exploitations erronées et parcellaires des textes
sacrés : Bible,
Coran ». Il faut que ces convictions deviennent notre
feuille de route,
notre testament commun, au-delà du monnayage du concept
« violences contre
les femmes » et dont les dividendes profitent
peu ou jamais à nos mamans si humiliées dans nos brousses profondes.
Le Calvaire de la
femme du Maniema, c’est mon
calvaire, c’est notre calvaire partout où je me trouve,
où nous nous trouvons.
Et si l’on veut devenir une masse des cendres froides, alors dans ce
cas on s’érigera
un mur de lamentations pour y pleurer chaque jour. Mais, non il faut
toujours
essayer de prendre le risque d’oser, de rêver pour que ce projet
de DIEU qui
nous dépasse soit une véritable réalité.
Homme et femme, il les créa à son
image pour qu’ils soient UN.
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LE PHENOMENE MAIMAI ET SON EXPANSION AU MANIEMA..
Introduction.
Dans la guerre qui sévit en R.D.C., il s’est développé une résistance populaire multiforme (la lutte armée et la résistance civile).
Dans la province du Maniema, les résistants ont pris l’option de la lutte armée. Celle -ci est effective sur le terrain par le biais des mouvements maïmaï.
En effet, depuis 1996, la population du Kivu en général a clairement affiché son hostilité à l’égard des troupes étrangères venues avec l’A.F.D.L. à tel point que d’aucuns ont conclu à l’émergence d’une véritable résistance dans la région.
Cependant l’effectivité de cette résistance demeure l’objet de controverse au sein de l’opinion scientifique.
Si tout le monde s’accorde pour reconnaître l’existence d’une résistance civile au Kivu (Sud-Kivu) celle dont l’Eglise catholique constitue l’avant garde, les opinions divergent en ce qui concerne la résistance armée symbolisée par les mouvements maïmaï.
Pour une première tendance qui ressort des travaux de FRANK VAN ACKER et KOEN VLASSENROOT (Yourth and conflict in Kivu : « Komona clair », le phénomène maïmaï est à situer dans un contexte où la violence joue un rôle important dans la réorganisation de l’espace économique et le contrôle des ressources économiques au Kivu.
Selon cette conception, les mouvements maïmaï sont l’expression d’une quête combinée de contrôle des ressources (pour les « hommes puissants ») et d’intégration sociale (pour les « cadets »).
Dans un contexte de misère, d’insécurité, d’impunité et d’absence de structures d’encadrement de la jeunesse (d’où le manque de perspective d’avenir), les marginaux sociaux et autres jeunes non scolarisés n’ont pas d’autres alternatives que de s’engager dans la violence pour se faire une place dans la société. Leur idéologie actuelle serait donc celle de l’appropriation des ressources par les armes.
Et si on peut admettre que le phénomène maïmaï comporte un aspect de résistance, c’est uniquement par rapport à l’ordre interne (ayant favorisé les exclusions) qui a prévalu dans le pays avant 1996.
Cependant, il convient de reconnaître que les groupes armés qui portent l’appellation « maïmaï » ne sont pas tous des mouvements de résistance. Il faut faire une distinction entre les maïmaï « mouvement social » et les maïmaï « mouvement politique ».
Les premiers sont des groupes armés constitués des jeunes qui se livrent aux vols, viols, rackets et parfois aux assassinats dans le but de se procurer des biens matériels. Il s’agit d’organisations criminelles, très minoritaires et sans aucun leadership connu, qui sont prêtes à toutes sortes d’alliances pour poursuivre leurs objectifs.
Dans la même catégorie des « maïmaï/mouvement social » peuvent être rangés des mouvements qui ont l’aspect d’une simple jacquerie, dans le sens où ils sont dirigés par des chefs traditionnels qui mobilisent des paysans essentiellement sur une base ethnique. Même s’ils prennent l’occupant pour cible, ils restent caractérisés par l’absence d’encadrement idéologique, ce qui les rend très fragiles et éphémères.
Dans la deuxième catégorie, on trouve des groupes qui, par essence, sont mus par une idéologie d’autodéfense et de protection de l’espace politique (le territoire) contre l’occupant étranger. Certains se sont constitués spontanément dès la première invasion rwandaise en 1996, d’autres ont vu le jour plus tard à la suite d’une prise de conscience résultant d’un travail idéologique de la société civile ou de quelques individus. Ils sont tous organisés pour mettre en cause, grâce à la lutte armée, l’ordre établi par l’occupant. Ces groupes jouissent d’un soutien total de la population. Cette thèse est celle soutenue par Emmanuel LUBALA et d’autres chercheurs
Dans la province du Maniema, le phénomène maïmaï est devenu une réalité sociale.
Les maïmaï
forment aujourd’hui un corps social dont l’importance est difficile
à
contourner dans la débrouille de la population du Maniema et la
persistance de
la guerre « militaro-mercantile » de l’Est du
Congo.
Cette guerre ne s’est autant bien portée qu’avec la
complicité des responsables
civiles et militaires dans des réseaux privés d’affaires
permettant ainsi de
s’autofinancer. Elle contribue aujourd’hui à l’émergence
de zones de non-droit
remettant ainsi en cause l’intangibilité des frontières
au gré des richesses
naturelles du sol et du sous-sol.
Pour montrer
l’importance que revêt le
phénomène maïmaï,
et ce, après une attaque de la
ville de Beni au Nord
Kivu par ces combattants, attaque au
cours de laquelle le major Reuben
IKONDERE ainsi que deux de ses gardes ont été
tués. Cette lourde perte
pour l’armée ougandaise avait fait dire au Général
Jeje ODONGO que « Ces
rebelles May-May constituaient un nouvel enjeu en RDC qu'il
fallait
étudier attentivement».
Vu l’importance tant scientifique que sociologique que revêt ce phénomène dans la recherche des voies et moyens de la pacification et de la reconstruction du pays en général et de la province du Maniema en particulier, il convient donc d’en étudier sa genèse, son expansion, ses conséquences et les facteurs qui favorisent sa pérennisation dans cette province.
La présente enquête sur le phénomène « maïmaï » au Maniema s’inscrit alors dans le cadre de mes recherches de terrain. Elle a eu pour motivation la curiosité de dépister les « voies de la débrouille » des populations du Maniema organisées en associations et leurs relations avec les groupes armés en présence.
Cette lecture, j’ai voulu l’inscrire non seulement dans un temps, période de la deuxième guerre dite de rectification, mais aussi dans un espace, la province du Maniema.
Le Maniema parce que l’activisme et l’esprit nationaliste des populations de cette province ont fait depuis longtemps que ces dernières adhèrent massivement à des mouvements d’insurrection contre le pouvoir central depuis l’indépendance du Congo. Cependant l’ampleur des atrocités que font subir ces mouvements aux populations civiles mérite de jeter un regard approfondi pour tenter de comprendre certaines raisons cachées.
Sur le terrain au Maniema, on rencontre ces deux catégories des maïmaï : « maïmaï/mouvement social » et « maïmaï/mouvement politique ». Mais la question que l’on se pose est celle de savoir l’origine de ces mouvements.
Les Origines des Maïmaï.
Ce mot a été utilisé par la rébellion de 1964 qui combattait le régime de Kinshasa. En effet, les rebelles recrutés à l’Est du Congo, chez les Bembe du Sud-Kivu et de nombreuses tribus du Maniema étaient obligés de passer par un rite magico-religieux qui les rendait invulnérables. Le Simba était astreint à certaines règles de vie pour ne pas anéantir la force du « dawa »[1]. C’est ainsi qu’ils devaient dire « maï »[2], à chaque fois qu’ils étaient en contact avec des balles c’est-à-dire les balles devaient passer dans l’eau. On les appelait alors les « simba mulele maï ». Cette croyance aux pouvoirs des fétiches est encore perceptible jusqu’à nos jours.
En 1965, Mobutu anéantit la rébellion mais subsistèrent encore quelques poches de résistance à l’Est notamment vers les montagnes de FIZI et dans les forêts du Maniema, du Nord et du Sud-Kivu.
Ces rebelles qui n’étaient pas désarmés se donnèrent à l’exploitation clandestine et artisanale des pierres précieuses (or et diamant). D’autres devinrent des braconniers dans la forêt équatoriale[3].
En 1993 quand éclatent les hostilités entre les « Nyanga », les « Hunde » d’une part et les populations congolaises rwandophones d’autre part au Nord Kivu, les poches de résistance qui étaient jusque là clandestines se manifestèrent ouvertement.
Le trafic d’armes entre les forces armées zaïroises et les populations locales du Nord Kivu s’intensifia. Les BANGILIMA ou combattants maïmaï se mirent à s’opposer et à lutter contre la présence des rwandophones au Nord-Kivu.
Le génocide du Rwanda en 1994 est venu occulter le problème des hostilités interethniques au Nord-Kivu. Les résistants NGILIMA (appellation des maïmaï) du Nord Kivu se sont vite vu désarmer en présence des forces armées rwandaises qui avaient fui l’avancée du FPR et étaient venues renforcer le rang des rwandophones congolais du Nord Kivu.
Les NGILIMA qui combattaient la présence rwandaise sur le sol congolais furent à leur tour, et dans un premier temps, combattus par les forces armées zaïroises (opération MBATA à KANYABAYONGA en 1996) ensuite ils deviendront leurs alliés lors de l’attaque du pays par les forces de l’A .F.D.L. en octobre 1996.
Laurent Désiré KABILA avec son idéologie nationaliste , un syncrétisme tiré du panafricanisme et du marxisme léninisme, parvint à se faire alliés des NGILIMA du Nord Kivu qui devinrent alors des maïmaï et chassèrent les soldats de Mobutu.
Pendant ce temps, le Maniema était resté en marge de ce conflit et le mouvement maïmaï n’avait aucune ampleur.
Le pillage des ressources du Congo par les anciens alliés de l’A.F.D.L. exacerba l’esprit nationaliste chez les congolais de l’Est notamment ceux du Nord Kivu et les Babembe du Sud-kivu qui ne portaient jamais à cœur les rwandais.
Quand Kabila s’autoproclama président du Congo, la résistance des maïmaï contre le pillage des ressources du Congo était déjà manifeste dans ces deux provinces du pays. Mais il a fallu attendre la deuxième guerre d’août 1998 pour voir d’autres provinces entrer ouvertement en jeu.
L’externalité du phénomène maïmaï au Maniema.
En juillet 1999, à LUSAKA, en Zambie, l’accord de cessez-le feu a été signé entre les trois principaux belligérants en République Démocratique du Congo et leurs alliés. Les équipes d’observation de la MONUC ont été déployées pour surveiller la mise en application de cet accord de cessez-le feu.
Mais depuis avril 2001, la province du Maniema a été plongée dans un cycle de violences sans commune mesure, imputables à l’activisme des résistants maÏmaÏ opposés à l’administration du RCD (Rassemblement Congolais pour la Démocratie).
Le comble pour le Maniema est que ce phénomène Maïmaï y prend racine alors que les négociations politiques inter-congolaises semblent bien évoluer. En ces temps où d’autres provinces se préparent à la reconstruction nationale, c’est le moment choisi par des filles et fils du Maniema pour s’entretuer et créer davantage des facteurs de division et de vengeance qui sont nuisibles au développement de cette entité.
Au vrai, le phénomène maÏmaï est nouveau au Maniema et son apparition peut s’expliquer de plusieurs façons, mais elle tire principalement son origine dans l’administration du pouvoir du R.C.D., caractérisée par des tracasseries policières, militaires et politico-administratives.
La population plongée dans une misère noire suite à l’enclavement et aux deux guerres de 1996 et 1998, a été paupérisée davantage par la mauvaise gestion imputable aux responsables du R.C.D.
En effet l’administration du RCD dans la province du Maniema, comme c’est le cas partout ailleurs au Congo, a détourné les militaires de leurs objectifs de sécurité de la collectivité pour la sécurité d’une minorité, pour la protection des exploitations de matières premières d’exportation, voire pour la sécurité de biens et des personnes étrangères à pouvoir d’influence ou d’achat supérieur à celui des populations des territoires sous son contrôle. Ainsi paradoxalement, la protection d’une minorité se fait au dépens de la sécurité de la majorité de la population. Il s’agit là d’une forme de commercialisation des forces armées. Celles-ci, dans les territoires sous contrôle du R.C.D., sont devenues comme tout « bien marchand ».
Genèse des faits.
Comme pour le reste de la RDC, les souffrances des populations de la province du Maniema sont exacerbées par les cinq ans de guerre dont les affres se font lourdement sentir : des assassinats, des viols des jeunes filles et femmes, des pillages, des tortures,…
A part des militaires du R.C .D. qui peuvent être considérés comme des auteurs principaux de ces différentes formes des violations des droits humains, les services publics de l’Etat impayés et sous subventionnés fonctionnent sur le dos des populations soumises à différentes tracasseries : taxes multiples et exagérées, arrestations arbitraires, amandes exorbitantes,…
Devant cette situation, les populations se sentent abandonnées, l’Etat qui devait les protéger se transforme en premier spoliateur de leurs biens. Dans le désespoir face à une répression, un peuple est capable de recourir à n’importe quel moyen pour obtenir sa libération. C’est ainsi que la majorité des populations du Maniema a massivement adhéré au mouvement maïmaï en pensant trouver satisfaction en constituant des groupes armés. On constate que c’est le sentiment d’insécurité qui a semblé prédominer avec en filigrane une perte de confiance entre les responsables de la sécurité et la population.
Pour forcer des troupes rwandaises présentes dans la province du Maniema à partir, troupes considérées comme causes de tous les malheurs, tous les moyens ont semblé bon malgré des inconvénients qu’ils comportaient. Ainsi s’explique l’importation du phénomène maïmaï au Maniema, qui jusque là était entretenu dans les provinces orientales, du Nord et Sud-Kivu.
Evolution du contexte.
Le phénomène maïmaï est entré au Maniema dès l’arrivée du R.C.D. en 1998. Ces « maïmaï/mouvement poltique, faisaient leurs incursions au Maniema dans les territoires de Kabambare à partir des montagnes d’ITOMBWE dans le Sud-Kivu. On trouvait déjà des poches des résistants maïmaï sur la chute de Kamimbi en amont de Kindu, au marché agricole de KAMBELEMBELE, le long du fleuve Congo. C’est ce qui rendait déjà la voie fluviale impraticable pour les populations qui devaient apporter leurs produits agricoles de Kibombo vers Kindu d’autant plus que la voie ferrée était déjà impraticable dès 1998.
Cependant les résistants maïmaï/mouvement social est entré à Kindu en avril 2001 par PEMBERIBA, une petite localité située au bord du fleuve Congo au Nord de la province. Les maïmaï avaient pour objectif de chasser les militaires et agents du R.C.D.(agents de service de sécurité et de renseignements D.S.R. : Direction de Sécurité et Renseignements) qui tracassaient la population dans cette localité. Ce phénomène a progressé jusqu’à atteindre au mois de septembre 2001, le chef-lieu de la province qui vit aujourd’hui dans l’insécurité la plus totale : des voies de communication avec l’intérieur de la province sont bloquées sous prétexte d’affamer les troupes rwandaises, des écoles et centres de santé sont fermés dans toutes les zones sous contrôle maïmaï, des enlèvements collectifs des populations par ces combattants…
Des pillages, des assassinats, des incendies des maisons… sont aussi bien exécutés par des maïmaï que par des militaires du R.C.D. et leurs alliés rwandais et autres groupes armés qui se partagent l’administration de la province.
C’est donc la stratégie de la terreur orientée surtout vers la population non combattante que les belligérants utilisent afin d’obtenir d’elle un consensus social par la passivité forcée.
A leur début, les maïmaï ont bénéficié du soutien populaire. Mais aujourd’hui, l’évolution du contexte politique national comparée aux actes de vandalisme qu’ils entretiennent permet d’observer que la pérennisation de ce mouvement répond à d’autres motivations et non plus à l’objectif qu’ils assignaient au départ, à leur lutte.
Des comportements tels que des blocages des voies de communication pour empêcher les ravitaillements de la ville de Kindu en denrées alimentaires et les campagnes en produits de premières nécessités, des assassinats des populations civiles ou pillages des villages et incendies des maisons, des prises d’otages des femmes, enfants et hommes par les maïmaï pour les utiliser comme concubines ou forçats, ne sont pas de nature à inquiéter et à précipiter le départ des troupes rwandaises en dehors des mécanismes prévus dans l’accord de paix de Lusaka. Il s’avère que ces attitudes de guerre sont délibérément entretenues pour couvrir d’autres motivations qui seraient entre autres :
Le braconnage et l’exploitation des matières précieuses.
Des fonctionnaires de l’Etat, sans salaire ni primes et autres collaborateurs du conseil de sécurité à qui des avantages sont refusés, se plaignent de la cupidité sans commune mesure de l’autorité exécutive provinciale. Ce comportement rompt l’harmonie de l’unité de commandement autour de la personne de l’exécutif provincial.
Cette crise de confiance entre les membres du conseil de sécurité provincial ne permet pas d’avoir des informations fiables pouvant aider à circonscrire convenablement le phénomène et prendre des dispositions voulues par exemple négocier avec des leaders ressortissants des principaux sites de cantonnement des maïmaïi installés dans la collectivité de BALANGA et les zones aurifères de Pangi, Kasongo, Punia et Lubutu.
Réputée pour le braconnage, la collectivité de Balanga aux frontières avec les provinces orientales et de l’Equateur, regorge de nombreux chasseurs d’éléphants qui évoluent aisément aujourd’hui sous le label maïmaïi et entretiennent pour le ravitaillement, des réseaux des trafics d’armes et munitions de guerre avec des répondants habitant à Kindu ; à savoir qu’une arme AKA revient à 15 $ et une balle à 20 francs congolais. Dans les territoires de Pangi et de Punia, les maïmaï du commandant KIWIS (Pangi) tantôt collaborent, tantôt sont en opposition avec les réfugiés rwandais qui exploitent les carrières d’or de Kampene, Bikenge et Kama.
Du
Maïmaï/mouvement social au
Maïmaï/mouvement politique au Maniema.
Pendant que le phénomène « maïmaï/mouvement social » prenait naissance à l’aval du fleuve Congo en avril 2001, à Kindu chef-lieu de la province du Maniema se constituait une branche politique KABILISTE appelée AZALENDO (école du panafricanisme). Cette école d’AZALENDO recrutait ses éléments dans toutes les couches de la population et surtout les éléments de la police nationale, de l’armée, de la jeunesse, élites intellectuelles, Eglise catholique et Communauté islamique de Kindu composée en majorité par les populations originaires du territoire de Kasongo.
L’idéologie « AZALENDO » a été répandue par un certain KONGA KANAPE, un jeune lega du territoire de Shabunda dans la province du Sud Kivu et qui a vécu et grandi dans le quartier Brazza de Kindu. Il a organisé des séminaires idéologiques du type A.F.D.L. Ces séminaires étaient du type marxiste léninisme où l’on inculquait aux individus le Panafricanisme, le nationalisme et surtout la culture des valeurs.
Les anti valeurs comme les vols, l’adultère, le détournement des biens publics étaient passibles de la peine de mort. Ceci a amené la population à considérer qu’elle sortait de l’enfer de Mobutu vers une nouvelle ère. Mais avec la deuxième guerre, les comportements des autorités du R.C.D. et des militaires ont fait voir à la population que les anti valeurs décriées par le R.C.D. ont repris. C’est cette situation qui a amené les populations du Maniema à adhérer en masse à l’idéologie de KONGA KANAPE ainsi les « maïmaï/mouvement politique » a pris naissance au chef-lieu de la province du Maniema.
La révolte populaire commencée à PEMBERIBA a été vite récupérée par les AZALENDO pour lui imprimer un cachet politique et créer une liaison avec Kinshasa. C’est à travers LAMBERT MENDE que cette liaison avec le pouvoir de Kinshasa serait facilitée. Il convient de signaler que la liaison avec le gouvernement de Kinshasa se situerait à deux niveaux : Lambert MENDE et SHADARI, ancien gouverneur au moment de la prise de Kindu, chef-lieu de la province, par les rebelles du R.C.D.
La motivation de Lambert MENDE serait le positionnement politique sur le plan national. Quant à SHADARI, il recherche toujours un positionnement politique sur le plan provincial.
En effet, SHADARI se considère toujours comme gouverneur de la province du Maniema en exil.
Pour continuer à avoir de l’audience auprès du chef de l’Etat congolais qui serait d’ailleurs son oncle maternel, SHADARI doit entretenir un mouvement de déstabilisation du R.C.D. au Maniema ; c’est ce qui expliquerait d’ailleurs la présence de son frère KIFINIKO aux côtés de KABAMBE, braconnier et chef des maïmaï de la partie Nord du Maniema.
Ce noyau des commanditaires locaux, sous le direction de KONGA KANAPE, est persuadé qu’en cas de la victoire des Maïmaï, le gouvernement de Kinshasa s’établirait à Kindu et que des postes des responsabilités dans l’administration publique provinciale leur reviendrait.
La lutte de positionnement
politique
s’observe dans le processus de pacification que l’Eglise catholique de
Kindu a
tenté. Certaines personnes ayant une ascendance sur certains
chefs maïmaï
évitent de s’impliquer dans les négociations par crainte
de l’hostilité de
certains autres leaders aussi en quête de positionnement.
Des opérations militaires.
Le non payement des soldes provoque une désertion en masse dans le rang de l’armée du R.C.D. Des opérations militaires sont des occasions offertes aux militaires pour piller et avoir de quoi subvenir à leurs besoins. D’où il faudra aussi longtemps que possible, ne pas favoriser le retour de la paix par des négociations et entretenir continuellement un climat de guerre pour couvrir les différentes exactions.
Cependant, il convient de reconnaître que les maïmaï au Maniema contrôlent de vastes étendues riches en produits miniers et autres ressources naturelles. Ils exploitent ces ressources pour financer leurs activités.
Pour accéder à ces ressources, le R.C.D. a fait un choix : établir des rapports commerciaux avec eux (trading with enemy) même si les recours aux armes n’est pas totalement exclu de ses stratégies.
Ces stratégies comprennent alors deux volets. En premier lieu, il s’agit de ne pas contrecarrer les activités des maïmaï pour autant qu’elles soient compatibles avec les intérêts du R.C.D. Ceci implique qu’il faut éviter d’attaquer leurs positions pour qu’ils aient le temps de se consacrer à l’exploitation des matières précieuses comme l’or et le coltan et au braconnage. Il faut ensuite établir des liens commerciaux avec eux en envoyant des négociants dans les zones qu’ils contrôlent ou en permettant que les délégués acheminent leurs produits vers les comptoirs agréés. Il s’ est établi ainsi un compromis tacite entre les mouvements maïmaï de résistance armée et le R.C.D. au Maniema au sujet des transactions portant sur l’exploitation des ressources naturelles. Les escarmouches militaires ou les semblants d’attaque des positions des maïmaï ou des militaires sont des occasions de terroriser la population civile du Maniema afin qu’elle ne se rende pas compte de comment s’opèrent ces transactions.
On voit bien que ce lien commercial est important pour le R.C.D. non seulement parce qu’il rend possible l’accès aux ressources naturelles, mais aussi il permet de susciter des antagonismes dans le camp des maïmaï.
En second lieu, il s’agit de maintenir les maïmaï dans une position de faiblesse économique.
Pour le R.C.D. le compromis dont il est question ci-dessus n’est que pour amener les maïmaï à se détourner de leur objectif premier celui de combattre. Il ne s’agit en aucun cas de leur laisser l’occasion de développer leurs capacités militaires et s’armer puissamment.
C’est pourquoi le pouvoir du R.C.D. procède aussi aux attaques sporadiques contre les positions des maïmaï afin de s’emparer des stocks importants des ressources naturelles que ces derniers sont prêts à évacuer.
Du leadership du mouvement.
L’insurrection qui est partie de PEMBERIBA en aval du fleuve Congo était une manifestation de protestation de la population contre les actes de vandalisme des agents de l’ordre et de la sécurité du R.C.D. Le braconnier KABAMBE, opérant dans les forêts frontalières des provinces du Maniema et orientale, a saisi cette occasion pour se débarrasser des services du RCD qui surveillaient ses opérations.
Désormais considéré comme le chef de l’insurrection, monsieur KABAMBE a vite organisé une milice autour de lui pour opposer une résistance à la présence du RCD dans le milieu.
A travers des leaders locaux, vivant à Kindu, KABAMBE sera mis en contact avec KONGA KANAPE, qui avait réussi à organiser une branche politique favorable au gouvernement de Kinshasa appelée AZALENDO.
Monsieur KABAMBE serait originaire de la province orientale de la tribu MITUKU. Renforcé par l’appui des chefs locaux et en liaison avec KONGA KANAPE, le mouvement prit une dimension politique. Il s’assigna désormais comme objectif, le départ des troupes rwandaises d’agression, source de tous les malheurs des populations du Maniema. Ce mouvement sera alors baptisé F.R.P.E. (Force de Résistance Populaire contre les Envahisseurs).
Parmi les premiers leaders qui ont collaboré avec KANAPE et qui ont facilité l’extension du mouvement, citons :
Monsieur KEMEMBE, chef de poste d’encadrement de LOKANDO, de la tribu BALANGA,
Monsieur KABEMBA ASSUMANI, chef de poste d’encadrement administratif de NYOKA, de la tribu WASONGOLA,
Monsieur KANKUMBA SUMAILI, ancien chef de secteur des WASONGOLA,
Pasteur KALAMBI, de la tribu NGENGELE à LOTAMBI,
Monsieur LUPIKI de la tribu NGENGELE à LOTANGI,
Monsieur RAMZANI OKOTA, de la tribu BANGENGELE à OMEMBULI,
Monsieur YUMA KAMONGELE, de la tribu BANGENGELE à LOKANDO,
Monsieur HADJI MACHAFU, de la communauté islamique à Kindu.
Ceux-ci ont à leur tour bénéficié de l’appui des AZALENDO, c’est-à-dire élèves de l’école idéologique de monsieur KONGA KANAPE qui se sont chargés de recrutement des combattants, de l’approvisionnement en vivres et en minutions et surtout de l’établissement des liaisons avec le pouvoir de Kinshasa à travers monsieur LAMBERT MENDE avec qui KONGA KANAPE communiquait par le téléphone de la procure de l’Evêché catholique de Kindu.
Lorsque le RCD a découvert le réseau et procédé à l’arrestation des AZALENDO en mars 2002, KONGA KANAPE avait pris fuite pour Kinshasa où l’on ne sait en ce moment ce qu’il est devenu, car on entend parler d’autres représentants maïmaï à sa place.
Parmi les AZALENDO arrêtés au mois de janvier 2002, il y avait messieurs DJUNUSA, chef de bureau à la division des transports et communication, Monsieur IDOLWA, préfet à l’institut de Brazza, Maître AMURI MASATKI, avocat, Monsieur LWALABA, chef de division de développement rural, monsieur OMBA, directeur des études à l’institut de Kindu.
Relâchés au mois de mars 2002, ils étaient de nouveau recherchés au mois de juin pour ne s’être pas désengagés de leur activisme.
Dans ces circonstances, Monsieur DJUNUSA fut arrêté, détenu au cachot de la 8ème brigade où depuis la fin du mois de juin, sa famille n’a plus de ses nouvelles. Les autres, tels que maître AMURI, IDOLWA,… ont rejoint le maquis et se retrouveraient à 85 km de Kindu sur route Kasongo (village KANTUMPI).
Malgré cela, le noyau de soutien n’a pas été complètement détruit dans la ville, ainsi, bénéficiant des complicités des populations, des maïmaï opèrent dans la ville pour tuer des collaborateurs du R.C.D., piller et saboter des positions militaires. Les agents de renseignement du R.C.D. sont les premiers ennemis des maïmaï. Ils sont souvent capturés et enterrés vivants. Cette branche des « maïmaï/mouvement politque » n’est pas impliquée dans cette espèce de partenariat avec le R.C.D. au sujet de l’exploitation des ressources naturelles au Maniema.
Au début du mouvement, tous les maïmaï dépendaient de l’autorité de KABAMBE qui recevait tous les butins de guerre. Mais à partir d’un certain moment, certains chefs des groupes ont commencé à échapper à son contrôle. KABAMBE est un braconnier et féticheur. C’est lui-même qui s’occupait des opérations d’initiation aux rites magico-religieux d’immunisation des maïmaï contre les balles des ennemis. Ceci a favorisé au début du mouvement l’unité de commandement. Depuis un certain temps d’autres chefs se sont fait passer pour des féticheurs et ont fait défection avec KABAMBE, mais la raison fondamentale serait liée au partage inégal des butins de guerre.
C’est ainsi qu’on trouve disséminer aujourd’hui, à travers toute la province, des groupes maïmaï sans aucune structure bien définie. Chaque chef du groupe est maître du tronçon qu’il contrôle et il arrive de fois qu’ils se combattent entre eux-mêmes.
En aval du fleuve, dans des campements de MISENGE aujourd’hui, on parle des groupes de SATANA, de SADAM,… Chaque tribu a tendance à se constituer à un groupe autonome, détaché du commandement de KABAMBE. Il y avait aussi le groupe de LOPOKELE (WASONGOLA) qui a accepté de se rallier au R.C.D.
Signalons que ce jeune chef de localité située à 4 km en aval de Kindu sur le fleuve Congo est entré dans le groupe maïmaï pour venger son père tué par ses oncles au sujet de conflit du pouvoir.
Sur la route de Kasongo, le tronçon km 4 jusqu’à KANTUMPI 85 km de Kindu est sous le contrôle du commandant SALUMU MBELI, tandis qu’à partir de SAMWELI 90 km de Kindu jusqu’à KAMPENE et le prolongement de BIKENGE et KIPAKA, tout cet espace est sous le commandement de KIWIS KALUME de la tribu ZIMBA.
Ces derniers temps, il est apparu un autre groupe de maïmaï appelé FAP (Forces Armées Populaires) venus de SHABUNDA dans la province du Sud-Kivu. Ils seraient des éléments du général PADIRI. Ils sont constitués essentiellement des anciens militaires des forces armées rwandaises du feu président HABYARIMANA et combattent les maïmaï autochtones. Ils occuperaient aujourd’hui, une partie du territoire sous contrôle du commandant KALUME. KIWIS, à savoir BIKENGE et une partie de KAMA.
Dans le territoire de Kibombo, le phénomène maïmaï s’est cristallisé autour du chef coutumier KAWA Pene DILE alias CAFE. Il serait en coalition avec KALUME KIWIS et contrôlerait l’axe Kibombo Kindu sur la route et le long du fleuve.
Son état major serait basé à LOWE au village KATALAMA situé au bord du fleuve congo.
On voit bien que l’enjeu majeur dans ces affrontements serait le contrôle des zones minières du Maniema. A Kasongo, KIWIS KALUME s’y rend régulièrement pour vendre l’or qu’il récolte dans des carrières du territoire qu’il contrôle.
Des transactions commerciales entre les maïmaï et les populations locales.
Les maïmaï opèrent des transactions commerciales avec les populations locales c’est-à-dire celles des villes (Kindu, Kasongo , Kalima, Punia et Lubutu) afin d’écouler leurs produits (or, coltan, diamant ou du gibier).
Par exemple dans le maquis de MISENGE à Kindu, il se tient deux fois par semaine un marché où vont s’approvisionner principalement les femmes vendeuses des viandes boucanées et poissons fumées au marché de Kindu.
Pour accéder à ce marché, les vendeuses doivent payer une taxe dont le coût est de 100 francs congolais à l’administration du marché.
La pérennisation
du mouvement maïmaï
au Maniema.
L’objectif principal du mouvement maïmaï au Maniema était de combattre les troupes rwandaises considérées comme des envahisseurs. Mais aujourd’hui, cet idéal n’existe plus. Les maïmaï se sont alors transformés en bourreaux et spoliateurs du peuple. Au début du mouvement, les populations les appelaient les « Kaka sawa » ou frères justes en comparaison de leurs comportements par rapport aux militaires du R.C.D. et de leurs alliés rwandais présents au Maniema.
Ce comportement des maïmaï face à la population semble être la stratégie développée par le R.C.D. « la séduction » pour se rendre populaire au Maniema.
En effet, les R.C.D. et ses alliés sont confrontés à une répulsion généralisée. Ils sont alors obligés de procéder par la séduction pour obtenir des alliés parmi la population. L’arme de séduction éclatant est le comportement parfois exemplaire de certaines autorités militaires du R.C.D. et de leurs alliés rwandais dans les opérations de maintien de l’ordre public et des punitions exemplaires infligées à certains éléments de leurs rangs.
Il est arrivé à un moment à Kindu où le commandant de Brigade BYAMUNGU a fusillé devant la maison du commerçant MWAKAS trois de ses éléments qui avaient été pris la main dans le sac pour vol des biens dans la maison de MWAKAS. Ceci fait parfois dire à la population le bien du R.C.D.
Une autre arme de séduction utilisée par le R.C.D. est la cooptation de certains notables et acteurs de la société civile à des postes de responsabilité au sein du R.C.D.
L’accès facile aux ressources forestières et minières du Maniema pour le compte des mandataires de la guerre fait pérenniser cette dernière par l’intermédiaire des mercenaires locaux qui sont essentiellement des maïmaï et les forces du R.C.D.
De sérieux soupçons pèseraient également sur certains agents de la MONUC installés à Kindu qui ont réussi à créer des réseaux mafieux de trafic d’armes, des minutions, des trophées et minerais comme nous a signalé monsieur ZIWAA NANDAKAMU, un rescapé retenu pendant deux mois dans le maquis de KABAMBE au Nord du Maniema.
« J’ai constaté pendant le temps que j’ai vécu dans le maquis chez KABAMBE que ce dernier détenait déjà un grand stock d’ivoires et d’armes. A deux reprises l’hélicoptère de la MONUC est descendu déchargeant armes et minutions et reparti chargé des trophées (ivoires) ».
Ces soupçons sont corroborés par les populations des quartiers TOKOLOTE, SHENGE et KATAKO KOMBE qui voient de temps en temps des véhicules de la MONUC passer rencontrer les maïmaï à KATAKOKOMBE, village situé à 10 km de Kindu et y opérer des transactions commerciales.
C’est surtout le retour de Jean LONDO, un lieutenant de KABAMBE dans le maquis qui confirmerait la thèse de soutien que reçoivent les maïmaï de la part de la MONUC.
En effet, lors des affrontements qui avaient eu lieu à Kindu entre les troupes du R.C.D. et les maimaï après le départ officiel des troupes rwandaises du territoire congolais, Jean LONDO et trois de ses collaborateurs ont trouvé refuge à la MONUC auprès du colonel AMAMI. Mais ce dernier aurait facilité leur fuite en les faisant traverser le fleuve Congo jusqu’au village NYOKA situé à 19 km sur la route Kalima. Pour les dissimuler auprès des forces du R.C.D., Jean LONDO et ses collaborateurs auraient reçu des tenues militaires qui les faisaient passer pour des agents de la MONUC.
Dans ces rumeurs, l’ordinaire du diocèse de Kindu serait également impliqué dans le soutien des maïmaï par la facilitation de transfert d’argent et de communication.
Les maïmaï, en dépit des exactions qu’ils commettent chez les populations civiles du Maniema, disposent aujourd’hui du soutien qui les rend populaires par rapport au mouvement R.C.D. qui ne se maintient que par les armes.
La reddition des maïmaï et la pacification du Maniema.
Au regard des affres causés par les belligérants aux populations civiles, l’ordinaire du diocèse de Kindu, dans son homélie de noël 2002 lança un appel aux forces combattantes notamment les maïmaï afin qu’ils regagnent le village.
L’initiative concertée de la pacification est partie de l’Eglise catholique du Maniema et d’autres églises chrétiennes ont suivi.
Dans la diocèse de Kasongo, c’est l’abbé Alexis NDALIMBUZI, responsable de la commission diocésaine justice et paix qui est chargé tandis qu’à Kindu, c’est Monseigneur MAMBE, en sa qualité du président de la société civile du Maniema.
Le processus de pacification au Maniema est confronté à certaines difficultés qui risquent de compromettre son aboutissement.
Il s’agit tout d’abord de manque de volonté manifeste de la part des autorités et responsables militaires du R.C.D.qui ne favorise pas le retour pacifique des maïmaï au village.
Au même moment que les autorités demandent aux maïmaï de déposer leurs armes et de rejoindre le rang des forces du R.C.D. ou de revenir à la vie civile, elles envoient encore leurs troupes les combattre. Certains éléments qui sortent sont parfois tués ou blessés, cette situation radicalise les positions des maïmaï dans les forêts du Maniema.
Ensuite le manque de cadre d’accueil et d’encadrement des maïmaï qui veulent réintégrer la vie civile.
A leur sortie de la forêt, les responsables militaires demandent aux maïmaï de choisir entre la vie civile ou militaire. Ceux qui acceptent de réintégrer dans la vie civile sont abandonnés à eux-mêmes. C’est ainsi qu’on retrouve une cinquantaine de famille ex maïmaï installée dans l’ex maison du parti de la cité de Kindu.
Certaines associations locales sont allées contacter la MONUC afin de les aider pour la réinsertion de ces ex combattants maïmaï, mais il paraîtrait que la MONUC n’a pas dans son mandat la réinsertion dans la vie civile des ex-combattants nationaux.
Des enfants de
moins de 18 ans sont réintégrés
dans le
rang des forces du R.C.D. et d’autres sont abandonnés à
leur sort. Ceux qui ont
la chance sont pris en charge par certaines associations locales comme
c’est le
cas de 16 enfants de moins de 18 ans encadrés à
l’hôtel MWACHANE de Kindu par
l’association ASEFA de maman KAPUNGA SIFAYABO.
Conclusion.
Pour des raisons
des antagonismes des leaders politiques congolais, la guerre s’installe
progressivement voire définitivement. Elle témoigne que
l’Est de la République
Démocratique du Congo demeure la zone d’expansion et le champ
des rivalités des
pays voisins, Le Burundi, le Rwanda et l’Ouganda.
Les prodigieuses
sources des richesses que sont les matières premières de
l’Est du Congo doivent
être d’accès facile à
l’ère de la
mondialisation aux mandataires de la guerre qui ont su
développer un réseau des
mercenaires locaux qui sont les maïmaï et les forces du
R.C.D. Ainsi le pire
ennemi du Maniemien risque d’être le Maniemien, car on parle de
paix tout en
continuant à se préparer à faire la guerre pour
satisfaire les besoins
d’approvisionnement en matières premières des pays
industrialisés.
Et pourtant la
province du Maniema connaît un retard dramatique sur tous les
points de vue.
Les fils et filles
du Maniema devraient penser à mobiliser des ressources
financières pour les
affecter au profit des secteurs comme l’infrastructure, la logistique,
la
santé, l’électricité et la formation pratique.
C’est à ce prix que l’on pourra
retrouver la confiance entre les dirigeants, les militaires et les
paysans.
Ainsi on pourra parler d’économie durable qui se définit
comme :
« Une économie qui donne à sa population-celle
d’aujourd’hui et celle à
venir- une qualité de vie élevée mesurée
à l’aune de divers objectifs partagés
par tous, par exemple la sécurité et
l’amélioration des revenus, les
possibilités d’emploi, la stabilité sociale et politique,
l’éducation, les
soins de santé et un environnement sain. Une économie
durable favorise le
bien-être par l’intégration des objectifs
économiques, environnementaux et
sociaux et par la juste prise en compte des besoins de la
génération actuelle
et des générations à venir.
[1] Ici le mot signifie fétiche, mais dans un sens large il signifie produit pharmaceutique capable de guérir ou de nuire.
[2] Signifie l’eau.
CONTRIBUTION DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET UNIVERSITAIRE DU MANIEMA AU DIALOGUE INTERKIVUTIENS ET AUX RAPPORTS ENTRE LE MANIEMA ET LES DEUX KIVU.
Par :Marcel NYUMBAYIZA MALUNGU (DG a.i de l'ISDR/Kindu),
- C.T. Stany CHOMA NYEMBO (Directeur a.i. del'ISP/Kindu)
- Prof. Pascal MANGA (Recteur du centre universitaire de Kindu
- C.T. TABEZI PENE MAGU (Directeur Général ISTM/Kindu)
- KABALA (Directeur Général a.i. ISC/Kindu)
- NGOY MWEMWE (Directeur Général ISTA/Kindu)
- SHAKODI FAZILI (Directeur Général ISGM/Kindu).
Septembre 2001
PREAMBULE.
Il ne fait l'ombre d'aucun doute que les conflits qui
embrasent le Kivu, le Congo et toute la sous-région des Grands-Lacs demeurent une actualité qui préoccupe l'opinion tant nationale qu'internationale.
Les guerres que notre pays vient de connaître dans un intervalle de temps très court, traduisent un malaise réel dans ces espaces sociopolitiques.
Les conséquences que toute l'opinion publique déplore aujourd'hui sont les résultats d'une négligence coupable dont les Etats et la communauté internationale ont fait montre au fil du temps pour des rivalités qui graduellement prenaient des allures inquiétantes et dangereuses.
Que des conférences aussi bien internationales, nationales que
locales,
que des séminaires, des symposiums, des journées de
réflexion sans
lendemain et demeurent lettres mortes.
Qui plus est, d'autres conflits encore latents et également
nuisibles
s'ajoutent aux antagonismes internes de deux Kivu et opposent ces
derniers à la province du Maniema touchée au plus fort de ses
intérêts.
C'est pourquoi la province du Maniema a jugé opportun de
proposer un
troisième thème à savoir: la problématique des relations
entre le
Maniema et les deux Kivu.
Si les rencontres à la manière de celle-ci apparaissent comme
des
cadres indiqués pour procéder à l'analyse des
problèmes et à la
recherche des solutions, il n'en demeure pas moins vrai que le
suivi,
la mise en application et le respect des résolutions ou textes
consensuellement adoptés, demeure un aspect fondamental dont le
mépris
constitue le pivot moteur des conflits actuels à tous les niveaux.
Nous pensons que les pouvoirs publics ne ménageront aucun effort
pour
prendre en compte les intérêts de tous et cette fois-ci faire
respecter
les conclusions collectivement retenues pour une paix véritable et
durable dans notre pays dans toute la sous-région de Grands Lacs.
I. CONFLITS INTERETHNIQUES AU KIVU.
1. Contexte socioculturel.
Nous ne maîtrisons pas suffisamment le contexte socioculturel des
populations du Nord et du Sud-Kivu. Toutefois, nous pensons que le
plus
grand problème interethnique se pose au Sud-Kivu entre les
Banyamulkenge et les autres communautés: Bavira, Bafulero, Bashi,
Barega, Babembe, etc.
Et à en croire MBONYIKEBE SEBAHIRE Déogratias dans son article:
Les
conflits inter ethniques dans le contexte de l'ITOMBWE au
Sud-Kivu/Zaïre " dans actes du colloque National sur la paix et
résolution pacifique des conflits durant la transition
démocratique du
Zaïre du 22 au 26 août 1994, les Banyamulenge, population à
majorité
Tutsi avec quelques métissages évidents, sont venus du Rwanda
ancien,
vers la fin du 18ème siècle sous le règne du Mwami GAHINDIRO.
Par contre, selon CHUBAKA BISHIKWABO, dans son article "
L'origine des
chefferies de la Ruzizi, les Barundi et les Benyarwanda sont venus au
19ème siècle, ce qui va accentuer les animosités entre les
populations
africaines.
D'autres pensent que vers le 20ème siècle, les Banyarwanda
venus du
Rwanda ont pris le nom de Banyamulenge pour s'identifier par
rapport
aux Rwandais et aux Burundais.
Quant au Nord-Kivu, le conflit interethnique oppose le groupe des
immigrés TUSTI installés sur les collines de MASISI aux autres
communautés notamment les BAHUNDE, NANDE, NYANGA, etc.
2. Origine et cause.
Selon MBONYIKEBE, la marginalisation des Banyamulenge par
l'autorité
coloniale est la cause principale de leurs frustrations. Une autre
tendance considère, par contre, que les Banyamulenge sont des
envahisseurs.
Il en est de même pour les TUTSI de MASISI dans leurs relations
avec
les communautés voisines.
3. Conséquences.
Les contacts entre les populations d'origine rwandaise et les
communautés voisines ont engendré la haine et les rapports
conflictuelles ne favorisant pas le développement, avec des
répercussions néfastes sur les autres provinces.
II. LES DEUX GUERRES AU CONGO ET DANS LA REGION DES GRANDS LACS.
2.1. Origine et cause.
Après 32 ans du pouvoir dictatorial de Mobutu et la mégestion
de la
chose publique ayant conduit le pays au chaos dans tous les domaines,
un vieux maquisards, Laurent Désiré KABILA profitant de la
préoccupation rwandaise et ougandaise d'éloigner les Ex-FAR,
les
INTERHAMWE et des rebelles ougandais des frontières, prendra des
armes
et réussira par le concours de ses alliés rwandais et ougandais
à
chasser MOUBUTU et deviendra président de la République
Démocratique du
Congo. C'était la guerre de l'AFDL.
Une année plus tard, les alliés du Président KABILA,
mécontents de leur
compagnon d'armes se sont insurgés contre lui en associant des
Congolais également mécontents du Président KABILA.
C'était le début
de la guerre du RCD.
2.1.1. Causes internes.
2.1.1.1. Sur le plan politique.
- manque de conscience nationale et de culture politique,
- opportunisme politique dans la conquête du pouvoir,
- controverse autour de la nationalité des Banyamulenge,
- mauvaise gouvernance.
2.1.1.2. Au plan économique.
- Distribution inégale des revenus du pays,
- Dysfonctionnement des institutions économiques et financières,
- Mégestion des ressources de l'Etat,
- Gabegie financière et biens mal acquis,
- Souci de préserver les intérêts égoïstes d'une
poignée des gens,
- Insuffisance et délabrement des infrastructures,
- Multiplication des taxes et augmentation exagérée de leurs
taux.
2.1.1.3. Au plan social.
- Existence des classes sociales,
- Misère généralisée de la population,
- Division au sein de l'armée,
- Impaiement des salaires déjà dérisoires,
- Faiblesse du pouvoir d'achat,
- Insuffisance et délabrement des infrastructures sociales,
- Manque des soins médicaux,
- Augmentation du chômage
2.1.1.4. Au plan culturel.
- Perte de sens du sacré et non respect de la dignité de
l'homme.
2.1.2. Causes externes.
2.1.2.1. Au plan politique.
- Néocolonialisme,
- Insécurité des pays voisins
2.1.2.2. Au plan économique.
- Impérialisme occidental: domination et pression permanentes de
l'Europe et des U.S.A.
- Convoitise des richesses naturelles du Congo.
2.2. CONSEQUENCES
2.2.1. Dans la sous région des Grands Lacs.
- Insécurité dans la sous-région,
- Détériorations des relations diplomatiques,
- Haine et méfiance entre les différents peuples,
- Émergence des préjugés négatifs,
- Difficultés des échanges commerciaux.
2.2.2. Au Congo.
2.2.2.1. Sur le plan politique.
- Affaiblissement et instabilité des institutions de l'Etat,
- Règne de la loi de la jungle,
- Violation des droits humains: assassinats, enlèvements,
arrestations
arbitraires, intimidations, etc.
- Régime d'Etat d'exception.
2.2.2.2. Sur le plan économique.
- Exploitation incontrôlée et abusive des richesses,
- Destruction du tissu économique,
- Baisse de la production agricole,
- Dévaluation monétaire avec hausse de prix
généralisée,
- Destruction des infrastructures de transport (Routes, voies
ferrées,
fluviales)
- Coexistence de plusieurs monnaies nationales avec primauté non
justifiée des monnaies étrangères.
2.2.2.3. Sur le plan socioculturel.
- Nombre élevé des veuves et orphelins,
- Pauvreté extrême de la population,
- Déplacement massif des populations
- Réduction de taux de scolarité et déperdition scolaire
- Taux de chômage élevé,
- Enrôlement des mineurs dans l'armée,
- Manque de soins médicaux adéquats et apparition de plusieurs
épidémies,
- Augmentation inquiétante des ménages précoces, de divorce
et de la
délinquance juvénile,
- Séparation et dislocation des familles et ménages,
- Diminution des valeurs religieuses,
- Destruction des infrastructures scolaires, sanitaires et
culturelles.
III. DYNAMIQUE DE LA PACIFICATION ET DE LA RECONSTRUCTION AU KIVU ET
AU
CONGO.
3.1. Au niveau interne.
3.1.1. Sur le plan politique.
- Représentation géopolitique et ethnique aux différents
enjeux
exceptés les mandants électifs,
- Suppression de la politique d'exclusion au profit de
l'intégration
nationale et locale,
- Lutte contre le tribalisme et la xénophobie,
- Éducation des masses populaires à la culture démocratique,
- Respect des accords conclus.
3.1.2. Sur le plan juridique.
- Application et respect de la loi relative à l'acquisition de
la
nationalité congolaise. Cependant, nous estimons que le
problème de la
nationalité ne peut se traiter que dans un pays pacifié et par
des
personnes régulièrement mandatées dans l'organe
législatif national.
3.1.3. Sur le plan économique.
- Réglementation en matière d'exonération,
- Réglementation de l'octroi des concessions.
3.1.4. Sur le plan socioculturel.
- Répartition équitable du revenu national,
- Recrutement basé sur la méritocratie,
- Paiement régulier et conséquent des salaires,
- Meilleure politique d'aménagement du territoire,
- Éducation à la culture de développement communautaire,
- Revalorisation de l'éducation morale et civique.
3.2. Au Niveau externe.
- Instauration d'une politique du bon voisinage,
- Non-ingérence dans les affaires internes des autres pays
notamment en
s'abstenant de servir de base arrière aux rebelles des pays
voisins,
- Respect du principe de l'intangibilité des frontières
héritées de la
colonisation quelles que soient les raisons,
- Instauration du dialogue comme moyen de cultiver la paix,
- Recours à la diplomatie préventive pour le règlement des
conflits,
- Respect de la souveraineté congolaise, des accords et
conventions à
caractère bilatéral et multilatéral.
IV. PROBLEMATIQUES DES RELATIONS ENTRE LE MANIEMA ET LES DEUX KIVU.
4.1. Historique et Carte d'identité de la province du
Maniema.
4.1.1. Historique
Des significations en orthographes diverses ont été
attribuées au mot
MANIEMA et ce, selon les auteurs. Certains ont parlé de
"Magnouement"
ou de " Manuema ", d'autres, de " Nyueme ". Nous soutenons la
thèse
selon laquelle le Maniema signifierait bien forêt, "Pori" en
swahili
local.
La création de la province du Maniema remonte à l'époque
coloniale.
L'arrêté royal de 1912 avait déjà mentionné
l'existence de cette entité
administrative. Concrètement, cet arrêté était motivé
par le souci
majeur du pouvoir colonial à contrôler un si grand centre comme
le
Maniema, malgré la diversité ethnique y observée, afin
d'y instaurer un
pouvoir politique relativement stable et fort.
Le 06 octobre 1891, le roi Léopold II reconnaissait déjà les
chefferies
et les sous-chefferies indigènes ainsi que leur organisation
coutumière. L'année 1910 marqua le début de
l'organisation efficace des
circonscriptions indigènes jusqu'à ce temps-là.
Selon STANLEY, Kindu était constitué d'une série des
villages séparés
les uns des autres, avec plus de mille âmes dans l'ensemble.
Pour en constituer une entité administrative contrôlable, le
gouvernement colonial décida de regrouper de petites chefferies
indigènes du Maniema dans l'ensemble administratif
dénommé "district".
C'est ainsi qu'intervient l'arrêté royal du 28 mars
1912 par lequel le
Maniema devenait district et se détachait de ce fait, du district
de
Stanley ville.
Jusqu'à 1914, l'organisation interne du district du Maniema
n'était pas
encore clairement définie. Il a fallu attendre l'ordonnance du
03
septembre 1914 portant exécution de l'arrêté royal du 28
mars 1912.
Le district du Maniema était divisé en territoires de KASONGO,
de
LUAMA, de KUNDA, d' ELILA, de l'ENANO et de LWEKI.
Avec le décret du 13 décembre 1917, le gouvernement colonial
applique
la politique de regroupement de la population du Maniema dans de
grands
ensembles administratifs. Ce décret va épouser la politique de
FRANCK
qui préconisait aussi le regroupement de petites chefferies
incapables
de se développer harmonieusement dans tous les domaines:
politique,
social et économique. Ainsi le décret du 05/12/1933 créa des
secteurs
qui étaient de regroupements indigènes assez étendus.
Le but de la création de ces entités administratives était
d'aider les
populations du Maniema à évoluer vers les capacités de
s'administrer
elles-mêmes.
La subdivision a gardé cette structure jusqu'à 1962 lorsque
la
nouvelle subdivision politico administrative issue de
l'indépendance
(1960) conféra au Maniema le statut de la province. celle-ci
comprendra
les districts de l'ENANO, de PANGI, du SUD-MANIEMA et de LOWA.
Curieusement une réforme administrative de 1965 fera du Maniema un
district de la province du Kivu et son chef-lieu sera Kindu.
Vingt-trois ans plus tard, le 20 juillet 1988, le pouvoir central va
procéder au découpage territorial pour la région du Kivu.
C'est ainsi
que par Ordonnance-Loi n° 88-31 du 20 juillet 1988 portant
découpage
territorial, le Maniema est devenu une région qui, aux yeux de
tout
observateur objectif, affiche la figure d'enfant abandonné
depuis la
division de l'ancien Kivu. Selon cette nouvelle disposition, la
province comprendra sept zones rurales appelées aujourd'hui
territoires: KABAMBARE, KASONGO, KIBOMBOI, PANGI, PUNIA et LUBUTU et
trois zones (communes) Urbaines de la ville de Kindu: ALUNGULI,
KASUKU
et MIKELENGE.
4.1.2. Carte d'identité de la province du Maniema.
Le Maniema est compris entre 0° et 5° de latitude Sud et 24°
et 28° de
longitude Est soit une distance à vol d'oiseau de 525 km du
Nord au Sud
et 405 Km de l'Est à l'Ouest.
Avec une superficie de 132 776 km_, soit 5,6 % de la superficie
totale
du Congo, le Maniema qui acquit le statut de province depuis le 20
juillet 1988 compte actuellement une population estimée à plus
au moins
1 800 000 habitants qui vient dans les sept territoires ruraux et
dans
la ville de Kindu.
La province du Maniema est limitée au Nord et au Nord-Est par la
province Orientale, au Sud par la province du Katanga, à
l'Ouest et au
Sud-Ouest par la province du Kasaï-Oriental et enfin à
l'Est par les
provinces du Nord et Sud-Kivu.
Son relief est constitué des plateaux (900 à 1 500 m
d'altitude) à
l'Est et une partie du Nord-Est et la cuvette à la partie
Ouest et Sud
couvrant au moins 80 % de la province.
Deux grands types de végétation se distinguent à savoir: la
forêt au
Nord et au centre, et la savane au Sud. Il règne deux types de
climat
qui sont: le climat du type équatorial au Nord et le climat du
type
tropical humide au Sud. Les pluies sont abondantes: 1200 à 2000
mm par
an. C'est une province chaude. La température moyenne varie
entre 23°
et 25 ° C.
Ses écosystèmes terrestres et aquatiques regorgent d'une
faune et d'une
flore parmi les plus nanties du pays.
Pendant cette conjoncture politico-économique, le Maniema exporte :
- Du point de vue agricole du riz, de l'arachide et de
l'huile de
palme.
Le bois est le principal produit d'exportation du Maniema
Les minerais essentiellement exportés sont : la cassitérite, le
colombo-tentatlite (Coltan), la Wolframite, l'or, le diamant et
le
mercure.
Actuellement on exporte du Maniema, le perroquet et le singe. Le
perroquet quoi que protégé est sauvagement exporté vers les
deux
régions du Kivu et dans les pays voisins
Nous ne citons pas les pointes d'ivoire qui sont frauduleusement
exportées.
Le Maniema ne partageant pas les frontières avec les pays voisins,
demeure une entité enclavée.
4.2. Les préjugés kivutiens.
Généralement, il existe des différences de conduites,
d'attitudes, bref
des comportements entre les populations du monde. Ces différences
dues
entre autre aux spécificités et aux contacts culturels, à la
végétation, aux reliefs et climats des milieux, entraînent
souvent des
préjugés faisant que certains peuples, comme l'affirme
Ralph LINTON,
cité par Patrick TORT et Paul DESALMANT dans Sciences humaines et
philosophie en Afrique, s'estiment supérieurs ou
inférieurs au reste
de l'espèce humaine.
Ce préjugé se justifierait entre autres par le fait de la
dépendance
administrative du Maniema vis-à-vis de Bukavu. C'est pourquoi,
beaucoup
de Kivutiens s'estimant plus malins que les Maniemiens
relèguent à
l'arrière plan les intérêts de ces derniers quand il
s'agit des
rapports entre le Maniema et les deux provinces sœurs. Un tel
préjugé
allait entraîner bon nombre de conséquences dans les relations
entre
les Maniemiens et les Kivutiens, comme il ressort des points qui vont
suivre.
4. 3. Problèmes spécifiques de la province du Maniema.
4.3.1. Au point de vue politico sécuritaire.
Depuis l'indépendance jusqu'à ce jour, le Maniema a
souvent été victime
d'un mépris total et manifeste sur l'échiquier politique
national. En
effet, la participation du Maniema a longtemps été
numériquement faible
par rapport à d'autres provinces.
La même iniquité est visiblement constatée dans
différents organes du
pouvoir, tous les régimes politiques confondus. Maniema est
ridiculement représenté dans l'exécutif national, les
entreprises
publiques... C'est ce qui expliquerait la non prise en compte de
ses
intérêts, comme nous allons le démontrer plus tard.
En outre, l'histoire a prouvé qu'aucun trouble social ou
politique n'a
pris des racines au Maniema pour se ramifier ailleurs. Par contre
l'insécurité qui prévaut dans le Sud Kivu déstabilise
notre province à
partir des territoires de SHABUNDA, FIZI et WALIKALE.
Par ailleurs, le Sud de notre province est confronté depuis belle
lurette au conflit foncier entre les Babuyu et les Babembe, deux
communautés ethniques vivant de part et d'autre de la limite
entre le
Maniema et le Sud Kivu. Cette cohabitation, pourtant pacifique en
vertu
des clauses reprises dans le procès verbal de la réunion
frontière des
notables tenue à Matambala en date du 14 septembre 1950, finira
par
devenir explosive si bien que la population Babuyu du Maniema
chassée
par les Babembe, se retrouve réfugiée sur son propre
territoire. Cet
état de choses a comme corollaire le contrôle d'une partie
du
territoire de Kabambare par le Fizi voisin appartenant au Sud-Kivu.
4.3.2. Au point de vue administratif.
Nul n'ignore que le Kivu a été découpé en trois
provinces autonomes par
l'effet de l'ordonnance n° 88/031 du 20 juillet 1988
portant création
des régions test du Nord- Kivu et du Maniema.
Il devait donc s'en suivre le partage, entre les trois nouvelles
provinces, du patrimoine commun issu de l'ancien Kivu. Ce
partage, à
notre sens, concerne non seulement les archives mais aussi les autres
biens publics dont l'acquisition a connu la participation active
du
Maniema à travers les richesses de son sol et de son sous-sol. Il
se
fait malheureusement que le pouvoir public continue de garder silence
sur cette question sensible et préoccupante de sorte que même
les
archives en rapport avec les réalités spécifiques du Maniema
restent
bloquées par l'administration de la province du Sud-Kivu.
4.3.3. Au point de vue économique.
L'organisation politico-administrative du Congo fait des
provinces des
entités décentralisées. Cela étant, chaque province jouit
d'une
autonomie financière et se dote d'un budget propre. Ce qui
signifie en
d'autres termes que la province est appelée à maximiser ses
propres
recettes pour faire face à ses problèmes vitaux.
Le Maniema produit un certain nombre de richesses minières
précitées et
destinées à l'exportation.
Considérant que le Nord et le Sud-Kivu n'ont pas
d'industries de
transformation des matières premières en produits finis, il est
normal
que les produits ou matières achetées au Maniema pour
exportation
soient taxées au Maniema comme telles.
Profitant de leur position géographique, les deux provinces
sœurs,
situées aux frontières nationales, perçoivent des taxes
douanières et
administratives relatives aux produits en provenance du Maniema, tel
est le cas également des produits importés et destinés à
être consommés
chez-nous et pour lesquelles les deux provinces perçoivent
indûment des
taxes administratives et douanières. Pourtant la loi financière
dispose
que de telles taxes doivent être recouvrées au lieu de
constatation et
de liquidation.
Nous déplorons la même attitude adoptée par les agences et
compagnies
de transport installées au Maniema et dont les directions
générales
sont basées au Nord et au Sud-Kivu. Ces agences et compagnies
sont,
pour la plupart, hostiles au paiement des taxes localement, sous
prétexte que leurs sièges centraux s'en acquittent à
Goma, à Bukavu et
au Rwanda.
Les avions en provenance d'autres provinces et même
d'autres pays,
opèrent à l'intérieur du Maniema, à l'insu de
l'administration
provinciale et effectuent des opérations économiques très
importantes
au détriment de la province du Maniema. Non seulement les taxes ne
sont
pas payées; mais les prix sont fixés de manière
unilatérale en se
réservant également le monopole du marché.
Les différences dénonciations de l'autorité provinciale,
des
administrations financières et de la société civile du
Maniema
demeurent lettres mortes. Cette indifférence vis-à-vis des
intérêts du
Maniema résulte, nous le pensons, de l'incapacité de notre
province à
faire entendre sa voix dans les institutions d'un pouvoir central
où
elle est faiblement représentée.
De tout ce qui précède, le Maniema connaît un manque à
gagner qui
paralyse son fonctionnement et son développement.
V. MOYENS DE PREVENTION DES CONFLITS ENTRE LE MANIEMA ET LES DEUX
KIVU.
Eu égard à ce qui précède, c'est-à-dire en
fonction des problèmes
évoqués, il y a lieu de craindre que des conflits, encore
latents,
brouillent les relations entre le Maniema et les deux Kivu: Tout
compte
fait, la situation que vivent nos frères Nigérians ne serait
pas un
exemple à suivre.
Les producteurs sont pauvres et ceux qui s'enrichissent sont
quelque
part.
CONLUSION ET RECOMMANDATIONS.
Hormis les recommandations reprises dans chaque partie, nous retenons
les conclusions et recommandations suivantes:
1° En ce qui concerne les relations inter ethniques au Kivu.
Conclusion:
Après analyse des rapports inter ethniques au Kivu, les
problèmes se
résument en ce qui suit:
- occupation des terres,
- identité nationale
- complexe
- absence de dialogue
- Intégration sociale
Recommandations:
Respect des limites territoriales précoloniales, des droits
coutumiers
et de la loi foncière,
Respect de la procédure juridique d'obtention de la
nationalité
congolaise,
Intégration sociale et recours fréquent au dialogue au lieu de
recourir
aux armes.
2° En ce qui concerne les deux guerres au Congo:
Conclusion:
Il se dégage de l'examen de deux guerres que les influences
surtout
étrangères ajoutées aux problèmes internes sont à la
base de la crise
que traverse notre pays.
Recommandations:
Respect de la souveraineté congolaise,
Sens du nationalisme et du patriotisme,
Sens de la culture politique,
Bonne gouvernance à tous les niveaux.
3° En ce qui concerne le Maniema et les deux Kivu :
Conclusions:
Les éléments ci-après déterminent les rapports
conflictuels entre le
Maniema et les deux Kivu:
- Existence s des préjugés négatifs,
- insuffisance de représentation du Maniema,
- Insécurité et déstabilisation d'origine extérieure
au Maniema,
- Taxation et recouvrement par les deux provinces sœurs des
produits
exportés et importés par le Maniema,
- Partage tant attendu du patrimoine issu de l'ancien Kivu.
Recommandations.
Respect de la législation nationale,
Respect des intérêts du Maniema,
Cohabitation pacifique,
Représentativité du Maniema à partir de la base.
EN RESUME.
La compréhension et le respect entre les peuples, la juste
représentativité et l'ouverture au dialogue, l'unité
dans la diversité
peuvent faire que le Maniema, le Sud et le Nord-Kivu, puissent
constituer le point de développement intégré de la
République
Démocratique du Congo. Nous estimons que la prise en compte des
éléments présentés dans ce travail pourra nous permettre
de mener une
vie harmonieuse entre les trois provinces et entre notre pays et les
autres nations au point de renforcer nos rapports dans la
communauté
d'Afrique centrale.
BIBLIOGRAPHIE.
1. CORNET, R.J., Symétain-Maniema, pays de l'Etain, Guypers,
Bruxelles, 1952
2. CORNET, R.J., Maniema, le pays des mangeurs d'hommes,
Guypers, Bruxelles, 1952
3. LUTSSHINJA, L., Le Maniema, Etat de Tipo-Tipo, T.F.C, ISP-Gombe, 1975
4. MASSART, A., " Notice de la carte de subdivision administrative du Congo Belge et du Rwanda -Urundi, in Atlas général du Congo, 1950
5. MBONYIKEBE SEBAHIRE D., Les conflits inter-éthniques dans leur contexte historique et socio anthropologique; cas des populations de 'ITOMBWE au Sud-Kivu (Zaïre), in actes du colloque national tenu à Kinshasa du 22 au 25 août 1994, Kinshasa, 1996.
6. OKOKO, L., Histoire de l'organisation politique et administrative de la province du Maniema, 1987-1988, TFC, ISP-Kindu, 1998.
7. CHUBAKA BISHIKWABO, L'origine des chefferies de l'Ouest de
la Ruzizi au 19ème – 20ème Siècle, in Revue de la civilisation
burundaise, 1981, Volume IV.
8. Patrick Tort et Paul DESALMAND, Sciences humaines et philosophie en Afrique, la différence culturelle, Hatier, paris, 1978.